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Le médecin pédophile plaide l’attrait “esthétique”

Le médecin pédophile plaide l’attrait “esthétique”

Océan Indien

Le médecin pédophile plaide l’attrait “esthétique”

Le médecin pédophile plaide l’attrait “esthétique”

SAINT-PIERRE. Médecin généraliste à la Ravine des Cabris, Jean-François C. a été jugé hier pour consultation et détention d’images pédopornographiques. Déjà condamné pour le même type de faits en 2010, aujourd’hui radié du conseil de l’ordre, le sexagénaire invoque “l’esthétisme” de ces clichés et “un attrait anatomique”. Il risque prison avec sursis et amende.

Médecin généraliste à la Ravi-ne des Cabris, Jean-François C. a été jugé hier pour consultation et détention d’images pédopornographiques. Déjà condamné pour le même type de faits en 2010, aujourd’hui radié du conseil de l’ordre, le sexagénaire invoque “l’esthétisme” de ces clichés et “un attrait anatomique”. Il risque prison avec sursis et amende.

Visage sec, regard froid et ton parfois cassant. Du haut de ses 67 ans, Jean-François C. dégage une intelligence certaine, confirmée par les expertises, mais qui confine par moment à une désagréable condescendance, y compris à la barre d’un tribunal. À la partie civile qui l’interroge, il répond d’un “vous ne pouvez pas comprendre”. Au ministère public qui demande justement des explications, ce sera un simple haussement d’épaules. Au fil de l’audience, quelques excuses seront formulées. Mais pas l’ombre d’un véritable mea culpa dans sa bouche. Lui, praticien reconnu, ne s’abaissera pas à cet exercice de contrition en public. Lui, père de trois enfants aux parcours exemplaires, ne montre finalement ses sentiments que quand il s’agit d’évoquer les siens. Personne d’autre ne semble avoir grâce à ses yeux. Et pourtant, un peu d’humilité eût été la bienvenue dans son cas. Car au terme de ses 40 ans de carrière, Jean-François C. est indéniablement tombé bien bas.

«Prostitution infantile et de sévices»

Hier, ce médecin généraliste était jugé pour consultation et détention d’images pédo-pornographiques. L’alerte est venue d’une remplaçante qui, en mars 2016 lors de son passage dans le cabinet de la Ravine-des-Cabris, découvre des adresses étranges dans l’historique d’internet. Cette médecin s’inquiète d’autant plus, vu le passé du propriétaire des lieux. Dans la profession, tout le monde sait que Jean-François C. a déjà été condamné pour détention et consultation d’images pédopornographiques. Elle clique et tombe sur des mosaïques de clichés explicites. “On y voit des enfants et adolescents dans des postures lascives. D’autres sont clairement pornographiques avec des jambes écartées. Et certaines présentent des scènes de relations sexuelles”, détaille le tribunal. Sept photos téléchargées seront retrouvées dans la mémoire de l’ordinateur professionnel. Les policiers saisiront aussi l’équipement informatique au domicile du suspect. Celui-ci venait d’être “nettoyé” par un professionnel mais les enquêteurs parviendront tout de même à retrouver la trace… de 740 photos plus que tendancieuses.

Entendu en garde à vue, le suspect adopte une ligne de défense pour le moins déplacée. Plutôt que de penchants sexuels, l’homme préfère parler d’attraits “esthétiques” voire “anatomiques” pour ces photos. Les termes de “beauté” et de “délicatesse” sont aussi employés. Abject. “Je reconnais les faits. Mais je ne recherche pas d’images de pénétrations. C’est une tendance voyeuriste. J’aime voir sans toucher, c’est uniquement virtuel. C’est comme si j’avais cédé au fruit défendu”, s’est-il expliqué hier. Sauf que ce “fruit défendu” – terme qui par essence intellectualise et minimise une grave dérive – fait bel et bien des victimes. “En téléchargeant ces images, vous alimentez des réseaux”, pointe le parquet. “Autant d’enfants qui servent à assouvir les pulsions d’hommes qui, derrière leur ordinateur, ne voient pas leur sort. On parle ici de prostitution infantile et de sévices sexuels”, abonde Me Stéphanie Saint-Bertin, avocate de l’association Enfance et partage.

L’intéressé louvoie : «Oui, j’ai indirectement participé à ce commerce répréhensible et, désormais, j’en suis persuadé. J’ai besoin de soins mais je n’ai pas de pulsions». Un “désormais” qui, forcément, résonne particulièrement dans cette audience. Condamné à 6 mois de prison avec sursis et une mise à l’épreuve de 2 ans en octobre 2010, Jean-François C. n’était techniquement pas récidiviste à l’audience. Mais la réitération des faits, “et de surcroît par un médecin qui sait comment se soigner”, a grandement joué dans les débats. Les experts évoquent “une problématique psycho sexuelle dirigée vers les adolescents”.

Jugement le 30 novembre

Alors qu’il se vante presque d’avoir consulté les meilleurs spécialistes de la question, y compris en Europe, ce pédophile refuse cependant de parler “d’addiction”. Juste de tentation à la suite d’un souci de santé qui a impacté sa vie sexuelle. «Mais regarder ces images pour un médecin dont le serment implique d’être un protecteur de l’enfance reste un acte inquiétant, souligne le parquet. Pour autant, il n’y a jamais eu de passage à l’acte ou de geste déplacé dans le cadre de cette profession, à notre connaissance du moins ».

Pour la défense, “Il n’est donc pas dangereux (…) S’il n’a pas révélé sa rechute de lui-même, c’est par crainte du suicide familial et social que cela impliquait, plaide Jean-Claude Duleroy. Mon client s’est retrouvé dans une spirale et assume ses actes. Mais il n’est pas un monstre comme certains veulent le faire croire. Y compris une certaine presse». D’aucuns auraient visiblement souhaité que ce médecin ait le droit à un traitement particulier. Il n’en reste pas moins assujetti aux mêmes sanctions que n’importe quel citoyen. Hier, le parquet a requis 2 ans de prison avec sursis et une mise à l’épreuve de 3 ans avec obligation de soins à sa charge – l’homme perçoit plus de 3000€ de retraite – et réparer les dommages causés. A cela s’ajoutent une amende de 10 000 €, une interdiction toute activité en lien avec des enfants pendant 10 ans et une inscription au fichier national des délinquants sexuels. Jugement le 30 novembre.

Les pairs en colère

C’était l’affaire dans l’affaire. Médecin oblige, Jean-François C. doit aussi répondre de ses actes devant ses pairs. «Le conseil de l’ordre départemental, quoiqu’en disent certains, a toujours affiché sa fermeté dans ce cas», a affirmé Bruno Payen, avocat de ce conseil et partie civile dans le procès pénal d’hier. De quoi en faire sourire plus d’un. À l’issue de sa première condamnation, ce Saint-Pierrois, qui a visiblement le bras très long et pas seulement dans sa profession, avait été largement épargné par les instances ordinales. Localement, celles-ci avaient conclu à un simple blâme. Décision qui avait provoqué la colère de ses pairs et entraîné un appel du parquet. À Paris, Jean-François C. avait écopé d’une suspension, dont une partie avec sursis. Mais la donne a changé dans cette deuxième affaire, cela car l’équipe n’est plus la même à la tête du conseil de l’ordre départemental. Cette fois, le médecin a été radié. Décision dont il a fait appel. « Je ne compte pas exercer de nouveau. Mon avenir est désormais de m’enliser dans la vieillesse et la nostalgie, ose-t-il se lamenter. Mais je veux transmettre ma patientèle et pour cela il faut que je sois réintégrer ». Réservé devant la justice pénale, du moins en façade, Jean-François C. se montre bien plus combatif en affaires. Il a donc décidé de revendre ses parts à un autre médecin ami et héritier d’une célèbre famille du sud dont le nom est associé à une clinique. Sauf que cela n’est pas du goût de son associée. Ce volet fait l’objet de procédures au civil mais cette médecin souhaite également se constituer partie civile au pénal. « Je continue à travailler dans ce cabinet et j’ai un préjudice en terme d’image », a-t-elle expliqué à la barre hier. Argument balayé d’un revers de main par la défense. «Quand vous vous êtes installée avec lui, vous saviez qu’il avait déjà été condamné. Vous avez profité de sa patientèle et aujourd’hui vous vous posez en victime alors que votre seul objectif est financier», plaide Jean-Claude Duleroy. De quoi laisser bouche bée plusieurs médecins venus assister à l’audience.

Source Clicanoo.re

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