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{Obituaire} Marclaine Antoine : “Je n’ai jamais travaillé, j’ai toujours joué de la musique”

Il était une fois

{Obituaire} Marclaine Antoine : “Je n’ai jamais travaillé, j’ai toujours joué de la musique”

{Obituaire} Marclaine Antoine : “Je n’ai jamais travaillé, j’ai toujours joué de la musique”

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Marclaine Antoine s’en est allé ce mercredi matin 1er novembre. Ses proches gardent de cet illustre artiste la mémoire d’un  homme avec un accent prononcé de l’humour. Notre équipe rédactionelle l’a rencontré il y a quelques semaines. Nous vous proposons son entretien publié sur le site en juin dernier.

« Je n’ai jamais travaillé de ma vie, j’ai toujours joué de la musique ». On ne peut que rester gaga devant une telle énormité, balancée comme ça, au début même d’une rencontre. Dans quoi je m’étais fourré, me suis-je demandé ? J’étais chez Marclaine Antoine cet après-midi pour une entretien qui a mal tourné.

« Que voulez-vous savoir sur moi » ? Tout je lui dis, votre carrière, les bons et mauvais moments. «Passe moi mon laptop Mica », dit-il à un jeune homme, compositeur lui aussi, qui vaguait à côté.  « Vous avez tout là-dedans. C’est ma biographie que j’allais publier sur les réseaux sociaux dans les jours qui viennent. Après l’avoir lu je ne pense pas que vous aurez de questions». Je prends de longues minutes à consulter sa biographie et après je n’avais qu’ à partir parce c’est vrai qu’il n’y avait plus rien à demander à ce grand homme de musique. Il y avait ‘zis tout’ dans sa biographie – avec pour titre « Marclaine Antoine, le conservateur de traditions » – qu’il a lui-même rédigée.  On se lève, notre photographe, Rashid et moi, pour prendre congé. « Ou allez-vous, m’avez-vous pris au sérieux ? Mais restez, je plaisantais ».

On est resté et on a compris l’homme. Tout grand musicien qu’il était durant sa très longue carrière, Marclaine Antoine est resté ce jeune plaisantin, toujours entouré, toujours branché, au caractère bien trempé. « Les Mauriciens ne savent plus écouter de la musique. De nos jours le séga c’est ‘zis pou dialsa’. Le séga doit être éducatif, mais ce qui se fait actuellement. C’est comme-ci on ridiculisait le folklore au détriment de notre patrimoine. Le séga perd de son identité, avec tous les instruments modernes que les jeunes y ont ajoutés. Comment voulez-vous étonner les Européens avec de la musique locale faite à partir des instruments comme la guitare et des cuivres. Je pense que la politique culturelle est bel et bien finie ? ».

Non, il n’était pas aigre en tenant ces propos. C’était sa façon de dire les choses et il le fait toujours haut et fort, cet habitant de Rose-Hill qui a fêté ses 71 ans. Il sait de quoi il parle Marclaine en parlant de la musique, car il manie aussi bien la guitare qu’une soixantaine autres instruments de musique. « J’ai quelques problèmes d’articulation il est bien vrai, mais je peux sortir quelques notes ».

Sa carrière

Ah oui, on allait passer complètement à côté de l’objet de cet entretien, sa carrière. Ses frères et sœurs avaient un groupe qui animait les mariages. Ainsi nourri quotidiennement de sons et de rythmes, Marclaine Antoine savait déjà à huit ans qu’il serait musicien : « Je touchais à tous les instruments qui se trouvaient dans la maison. J’entendais toujours de la musique autour de moi. Mes parents m’ont aussi offert le privilège d’aller à la rencontre de musiciens plus âgés que moi, qui m’ont donné envie de faire ce métier». En 1955, la passion de Marclaine se révèle au public, lors d’un radio crochet organisé par Yakoob Damoo au Jardin de la Compagnie à Port Louis, dans le cadre de la Fête du travail. L’occasion de côtoyer des vedettes locales telles que Francis Salomon, Georges Milate ou Fanfan, qui chantaient alors les vertus « du vin Tarragona ».

S’accompagnant de sa guitare artisanale, Marclaine Antoine, alors âgé de onze ans, monte sur scène pour interpréter « Hasta Luego », Il remporte le premier prix du concours. Quelques années plus tard, Marclaine Antoine décrochera un contrat au Golden Moon Night Club, l’endroit le plus huppé de l’île de l’époque à Pointe aux Sables, pour se produire régulièrement au sein d’une formation qui a pour chanteuse la regrettée Sylvaine Ramen. Des chansons en chansons, il devint une vedette, très apprécié par son humour. Parallèlement il transforme une partie de sa maison à Camps Le vieux en studio d’enregistrement de sorte à poursuivre ses activités de preneur de son et d’arrangeur/accompagnateur. Actuellement, il est toujours entouré de jeunes compositeurs qui ne vivent que de la musique, tout comme lui.

Un extrait de sa biographie interpelle : « Un peuple qui ignore son passé ne peut avancer. Il ne faut pas brûler le pont derrière soi lorsqu’on l’a traversé, sous prétexte d’aller de l’avant avec la modernisation. L’homme a besoin de ses racines pour s’y agripper sous peine de tomber dans le précipice ».

Un combat que Marclaine Antoine mène toujours, « jusqu’à ma mort », dit-il.

Collectionneur aussi !

Marclaine possède une belle collection. Des centaines de timbres, une panoplie complète de guitares en tout genre, des bibelots qui feraient pâlir un brocanteur… et un ming. « C’est un vase qui coute très très cher que je n’arrive pas à me débarrasser. C’est le joyau de mes collections ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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