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Violence conjugale : les associations féminines réclament une thérapie pour les maris violents

Violence conjugale : les associations féminines réclament une thérapie pour les maris violents

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Violence conjugale : les associations féminines réclament une thérapie pour les maris violents

Violence conjugale : les associations féminines réclament une thérapie pour les maris violents

La loi a été renforcée, mais les coups continuent à pleuvoir. Malgré les moyens déployés par les autorités concernées afin de réduire le nombre de cas de violence conjugale et les campagnes de sensibilisation, les statistiques demeurent consternantes. Certaines femmes y ont même laissé leur vie.

Le dernier cas en date, c’est celui d’Urvashi Joygobhin qui a donné un haut-le-coeur à toute la population. Cette dernière a été battue et abandonnée dans un champ de cannes, alors qu’elle était enceinte de 8 mois. Le visage tuméfié de la victime permet à peine qu’on la reconnaisse. Son bourreau n’est autre que son mari de qui elle attend un enfant. Elle a eu de la chance, car même si elle a vécu un calvaire sous les coups de son mari et qu’elle s’en est sortie le corps couvert d’hématomes, son bébé se porte bien.

Malheureusement, le cas d’Urvashi n’est que le sommet de l’iceberg. Elles sont plusieurs femmes qui acceptent de subir la violence qui leur est faite en silence. Il y a aussi des hommes qui sont victimes de violence domestiques. Au fil des années, ce n’est pas seulement les statistiques qui ont grimpé, mais la barbarie avec laquelle ses actes de violence sont perpétrés est dérangeante, presque obscène.
 Même s’il n’existe aucune raison valable au monde pour frapper une femme ou un homme, l’excuse de nos jours tournerait autour du sexe. Il semblerait que la tendance des relations extra-conjugales prendrait l’ascenseur et c’est dans beaucoup de couples la raison pour laquelle certains ont recours à la violence. Et la plupart des victimes sont des femmes. Certaines sont tout simplement victimes de maris jaloux, possessifs, et se font agresser au moindre soupçon. La violence ne se justifie pas, quel que soit le cas de figure.

Si Urvashi a eu de la chance de s’en sortir vivante, beaucoup sont mortes sous les coups.
Des amendements ont pourtant été apportés à la Protection from Domestic Violence Act en mai 2016, afin de renforcer les lois pour protéger les victimes de violence domestique. La violence verbale est désormais considérée comme une forme de violence domestique et, subséquemment, comme un délit. Mais c’est là que le bât blesse. Il ne fait pas se voiler la face, la violence ne fait que s’accroître et la qualité de cette violence ne laisse pas de marbre. Il serait temps de prendre le taureau par les cornes et d’attaquer le problème à la source.
Le spectre de la violence conjugale est bien plus que jamais présent dans notre société. La Protection Order a dans plusieurs cas failli d’être protectrice.

Souvenez-vous de certains cas. En 2004, Sandhya Bappoo, 30 ans, se fait agresser au sabre par son mari. Elle rend l’âme un peu plus d’une semaine plus tard à l’hôpital. Cette dernière a été battue par son mari depuis de nombreuses années. Les photos de son visage tuméfié de Sandhya publiés dans la presse à l’époque ont choqué toute l’île à l’époque. À force d’être battue et de ne plus pouvoir subir les coups Sandhya a porté plainte et a bénéficié d’un Protection Order contre son mari Ravindranath. C’est alors un jour quand Sandhya sortait de chez ses parents pour aller au travail qu’elle se fait agresser à coup de sabre.
 En 2017, même scénario. Umawtee Somrah, âgée de 34 ans se fait agresser par son mari au couteau. Cette horrible scène se déroule devant leurs quatre enfants. La victime se vide de son sang et meurt. Elle avait aussi une Protection Order à l’heure des faits. Elle vivait depuis peu séparée de son époux violent. C’est alors qu’elle rentrait à la maison que le drame s’est produit. Des drames qui laissent derrière des enfants traumatisées et des parents brisés. Ces deux cas sont loin d’être les seuls et même les derniers, si rien n’est fait.

Megha VenkatasamyPour Megha Venketasamy, la violence faite aux femmes a toujours été omniprésente. C’est comme pour le viol. Il ne faut, selon elle, pas se fier aux statistiques et dire que la situation devient de plus alarmante, car elle l’a toujours été.
 Une bataille avec les hommes comme alliés. 
” Maurice est une petite île. Aujourd’hui avec la technologie, elle l’est encore plus. Rien n’échappe aux caméras, aux réseaux sociaux. Presque tout le monde possède un smartphone avec accès à internet et est sur les réseaux sociaux. L’information est relayée bien plus vite. Et des informations qui n’auront jamais été dévoilées le sont. Les femmes battues ont toujours été là. C’est juste que ce n’était pas assez médiatisé pour plusieurs raisons. Et aujourd’hui avec les diverses campagnes de conscientisation et de sensibilisation, les gens dénoncent, alors qu’avant c’était tabou et on préférait étouffer l’affaire. C’est pour cela que les chiffres sont montés en flèche “, explique cette dernière, militante assidue pour les droits de la femme et contre la violence contre le genre.
 Pour elle, les chiffres ont beaucoup plus gros en réalité. Elle poursuit que malheureusement dans certains cas ce n’est que le drame qui fasse qu’on entend parler de l’affaire: ” C’est seulement quand la femme se fait battre une énième fois de trop et qu’elle tombe sous les coups, que dans certains cas on apprend le calvaire de cette femme pour qui être battue était un lot quotidien. Personne n’a parlé pensant tout ce temps. La femme battue ne voulait pas pour plusieurs raisons et ceux qui savaient aussi. Cela a coûté une vie “.

C’est clair. Pour Megha Venketasamy, si on veut que les choses changent, il faut faire les choses différemment. Pour elle déjà, il est important d’éduquer les garçons. Elle avance que si on ne cible que les femmes, alors que les perpétreurs sont des hommes, l’équation est vouée à l’échec. C’est une bataille qui ne peut être gagnée qu’avec les hommes comme alliés.
” Nous allons sensibiliser les filles et les femmes sur leurs droits, nous allons leur dire qu’il faut dire non à la violence. Oui ! tout ça est très bien. Mais la source du problème ce sont les hommes, il faut les éduquer et les conscientiser contre la violence domestique et conjugale en parallèle. Sinon les campagnes n’auront pas l’impact et le résultat voulu. Les cas rapportés dans la presse chaque jour et les statistiques prouvent bien qu’il y a quelque chose qui cloche. Déjà il faudrait bannir cette mentalité traditionnelle qu’un garçon ne doit pas pleurer, qu’une fille ne grimpe pas aux arbres… Voilà plein de petites choses que nous enseignons toujours à nos jeunes qui leur donnent une vision complètement erronée. On élève nos enfants toujours dans cette mentalité patriarcale “, lance-t-elle.
 Elle explique aussi que la façon de rapporter l’information devrait aussi changer pour qu’il y ait un plus gros impact. Selon elle, au lieu de sans cesse faire pauser les femmes comme victimes, ce sont les hommes qu’il faut mettre de l’avant en tant que perpétreurs de violence et meurtriers: ” Souvent quand je regarde les statistiques, je vois qu’on parle sans cesse de victimes. Oui ! Mais il faudrait aussi avoir des statistiques pour les bourreaux. Au lieu de rapporter qu’une femme est morte sous les coups ou a été victime, il faudrait inverser l’information. Dire qu’un homme a tué sa femme, que les derniers statistiques sont alarmants, en ce qui concerne l’augmentation des hommes violents qui frappent leurs conjointes. Faire passer l’information de cette façon au lieu de victimiser les femmes changera la donne “.

Anushka Virahsawmy, Elle partage l’opinion de Megha pour ce qui est de l’éducation des hommes. Anushka Virahsawmy, la Country Manager de Gender Links, organisation luttant contre la violence contre le genre et qui se bat pour la promotion du ‘Gender Empowerment’, se dit hors d’elle quand elle fait face à des cas de violence domestique et conjugale. La colère, l’angoisse, la révolte et un mélange de plein d’autres émotions se lisaient dans sa voix. À l’heure où nous lui parlions, elle s’occupait d’une jeune femme qui a été battue par son conjoint et qui était grièvement blessée. C’est à Safe Haven Halfway Home, un centre de refuge pour les femmes dans son cas que la victime a trouvé refuge. Ce centre est d’ailleurs une initiative d’Anushka Virahsawmy.
Une amende, la prison et une Protection Order ne suffisent pas. 
” Elle était méconnaissable quand nous l’avons trouvé. Elle a subi pendant longtemps les coups de son conjoint et là elle a été battue et laissée pour presque morte. Ce genre de chose me met hors de moi. C’est impensable une telle violence envers une femme. Entre les aller-retour à l’hôpital, je ne peux vous en dire plus pour le moment. Il reste un gros travail à faire en ce qui concerne la violence domestique. Ce sont les femmes qui sont la plupart du temps victimes de ce fléau. Il faut combattre ce mal avec l’aide des hommes, ils sont autant concernés. Et moi je salut l’initiative de P& P Link suite à leur campagne ‘Leve Si To Enn Bon Mari‘ “, soutient-elle.

En effet, la boîte de pub a mis sur pied une campagne, où les hommes qui y travaillent ont décidé de dire ” Non ! ” contre tout genre de violence faite aux femmes. Que ce soit le harcèlement ou la violence domestique. Pour Anushka Virahsawmy, il est important que l’éducation des hommes soit aussi faite, car la violence domestique n’est pas que le problème des femmes. Si on ne fait qu’éduquer la femme sans éduquer l’homme cela ne cessera jamais. Et combien de Sandhya ou d’Urvashi faudra-til encore pour que les hommes comprennent que la violence contre la femme est un crime et pas un droit qu’ils ont. la femme n’est pas un objet qui leur appartient. C’est un être humain à part entière.
” Une autre encore, une autre de trop. Qu’est ce que le perpétreur aura cette fois, une amende, un ou deux ans de prison? Il sortira et recommencera, comme tant d’autres? La femme aura droit à une Protection Order et après? Serait-elle pour autant en sécurité? Aura-t-elle droit à un suivi et une thérapie psychologique à vie ou que quelques sessions pour la forme? Je suis dégoûtée et triste “, a-t-elle, d’ailleurs, posté sur sa page Facebook suite à l’affaire d’Urvashi Joygobhin.

Femme battue: ” La première fois n’est jamais la dernière fois “

Elle regrette de ne pas avoir changé d’avis plus tôt. Danielle R. se souvient encore comment son petit ami le frappait déjà à l’époque où ils se fréquentaient. Mais il sortait toujours le grand jeu par la suite, et lui promettait de ne plus jamais recommencer. Il ne tenait bien sûr jamais parole.
Il avait la main leste et il levait la main sur moi pour un rien. Je me souviens la toute première fois, c’était à cause d’une histoire de jalousie, sans queue ni tête. Je ne me souviens plus des détails, car cela remonte à tellement longtemps. Il me menaçait de me frapper, mais moi je ne croyais pas qu’il allait le faire. Comment pouvez-vous un seul instant penser que la personne que vous aimez, votre homme, celui qui est censé vous chérir et vous protéger, puisse lever la main sur vous ? J’avais tort, ce jour-là, il m’a giflé. Je n’arrivais pas à la croire. J’avais sur-le-champ pensé le quitter, mais il s’est confondu en excuse et bien sûr, sotte comme j’étais, j’ai cédé. Je l’au cru quand il m’a dit que c’était la dernière fois “. Mais c’était bien loin d’être la dernière fois. Il a récidivé une fois qu’ils étaient fiancés. Elle l’a encore pardonnée, croyant qu’il n’allait pas recommencer suite à ses promesses. Il lui a même promis qu’il ne lèverait jamais plus les mains sur elle, une fois qu’ils seront mariés. Mais il a récidivé et cette fois les coups pleuvaient presque au quotidien, pour un rien.

Même quand cette dernière est devenue la mère de ses enfants. ” La première n’est jamais la dernière. Si je l’avais su et que j’avais cessé de croire en ses promesses, j’aurais pris la porte. Mais quand on aime, on trouve toujours des excuses. On se persuade qu’il y a des raisons pour rester, que la personne va changer, que c’était un énième écart de conduite. Mais non ça ne s’arrête jamais. Mes enfants m’ont vu me faire battre par leur père. C’est vrai que je suis restée par amour. Parfois vraiment je voulais faire mes valises et me casser, mais je pensais à mes enfants. Je ne gagnais pas assez avec le travail que je faisais pour nous trouver une maison et subvenir à leurs besoins. À l’époque, on ne quittait pas son mari comme ça. Sollicité, les autorités étaient aussi hors de questions “, lance-t-elle.

Des femmes battues

Aujourd’hui Danielle a 61 ans. Elle est veuve. Et a passé la plupart de sa vie de mariage à se faire battre. Elle dit qu’elle a eu de la chance de ne pas y laisser sa vie, comme certaines: ” Oui à l’époque les gens étaient encore plus archaïques. Cette attitude était tolérée. Il y avait des tabous. Moi je conseille aux jeunes femmes d’aujourd’hui de ne pas céder au chantage. S’il vous a frappé une fois, il recommencera, alors prenez la poudre d’escampette tant que vous pouvez. N’attendez pas qu’il change. Il sera alors peut-être trop tard pour vous “.
C’est le même conseil que donne Vijaya M. Cette dernière a passé ses dernières années à jongler entre centres pour femme battue et ses proches. À 28 et mère d’un fils de 8 ans, elle se fait rouer de coup par son mari pour ” des prétextes “. ” Mon mari Sachin est d’une violence incroyable envers moi. En plus il a un penchant pour la bouteille. On ne peut lui parler sans qu’il se mette en colère et me frappe. Je l’ai subi pendant 4 ans de notre mariage. On s’est marié quand j’avais 18 ans. Mais arrivée un moment je n’en pouvais plus. Mes parents au début me disaient que je devais rester avec lui, c’est ce qui m’a dégoûté. Je ne voulais pas que mon enfant soit traumatisé où qu’il fasse comme son père plus tard. Et surtout je tenais à ma vie. Je pensais qu’il allait changer.Je l’ai toléré autant que j’ai pu, mais comme cela s’empirait, je n’en ai que faire de ce que dirait les gens. Quand mo ti pégagne batter cot zot ti été ? E dès qu’il lève la main sur vous pour la première fois. C’est fini. Cela ne s’arrêtera pas, dans la plupart des cas. Comme pour moi “, martèle la jeune femme.
Elle dit ne pas regretter son choix à voir comment certaines femmes dans une situation similaire finissent par se faire tuer. Elle travaille dans l’espoir de pouvoir avoir les moyens de louer par la suite une maison pour son fils: ” Je suis pour le moment chez des proches. je travaille dans une usine de textile et j’espère être complètement indépendante d’ici quelque temps”.
Megha Venketasamy explique que dans la plupart des cas, les hommes qui frappent leurs femmes à la moindre occasion, sont des hommes qui sont frustrés et qui n’arrivent pas à s’exprimer à travers les mots: ” C’est pour cela qu’il assènent des coups. Si leurs femmes leur font par exemple un reproche et qu’elle ait des raisons concrètes et qu’il ne se voit pas capable de réfuter, le meilleur moyen est de lever la main. C’est pour cela qu’il est plus que jamais important d’éduquer les garçons et les hommes. Ce comportement n’est pas normal et acceptable. Il ne faut pas le banaliser “.

 

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