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Brexit : dernière ligne droite avant le divorce

Londres, la capitale du Royaume Uni

L’internationale

Brexit : dernière ligne droite avant le divorce

L’on entre dans la dernière ligne droite du Brexit. Alors que Michel Barnier et Dominic Raab, les deux négociateurs du Brexit, se sont rencontrés une nouvelle fois à Bruxelles vendredi 31 août, il ne reste que quelques mois pour trouver un accord.

Quelle que soit l’issue des négociations, le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne le 29  mars à minuit, une fois les deux années légales écoulées depuis la notification de son retrait par Londres. Dans cet objectif, le sommet européen du 18 octobre est officiellement la date butoir. Celle-ci a été déterminée par M. Barnier, afin de laisser le temps aux Parlements britannique et européen de ratifier le texte.

En vérité, les deux chambres ont besoin d’environ trois mois pour faire leur travail. Un dérapage du calendrier jusqu’au sommet européen de la mi-décembre ne serait pas vraiment une catastrophe. Ensuite, l’urgence deviendrait réelle.

Déjà, les deux négociateurs préparent les esprits. M. Barnier a parlé de ” début novembre, mais certainement pas beaucoup plus tard “. ” Il est possible que ça dépasse – le sommet d’octobre – , ajoute M. Raab.

Quelles chances ont-ils de trouver un accord ? Il n’est pas inutile de rappeler que chacun des deux camps continue d’afficher un certain optimisme. M.  Barnier se dit ” confiant “, M.  Raab estime que l’accord est ” en vue “. Lundi, Emmanuel Macron disait ” souhaiter un accord d’ici à la fin de l’année “.

Simple affichage ? La majorité des observateurs parient aussi sur un accord. ” Nous pensons que le Royaume-Uni évitera le non–accord “, estime l’agence de notation Fitch. ” Notre scénario de base est que le gouvernement trouvera un compromis politique peu clair – ” political fudge ” – afin de sortir de l’impasse actuelle “, abondent les analystes de la banque Nomura. ” Un accord demeure le scénario le plus probable “, ajoute Anand Menon, qui dirige le groupe universitaire UK in a changing Europe.

Leur principal argument pour expliquer cet optimisme peut être résumé ainsi : ni Londres ni Bruxelles ne sont suicidaires. ” Un non-accord aurait non seulement des conséquences économiques très négatives, mais il brouillerait aussi les relations diplomatiques pour les dix années à venir “, explique M. Menon.

“Un non-accord aurait non seulement des conséquences économiques très négatives, mais il brouillerait aussi les relations diplomatiques pour les dix années à venir”

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut exclure les accidents de parcours, qui feraient tout dérailler. Ceux-ci peuvent se produire à deux niveaux. Le premier est évidemment entre Londres et Bruxelles. Il reste de nombreux points d’achoppement, mais le principal concerne la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Londres n’a toujours pas proposé de solution jugée satisfaisante par Bruxelles, c’est-à-dire ” détaillée “ et ” légalement opérationnelle “, précise M. Barnier.

Cela fait maintenant des mois que la discussion entre les Vingt-Sept et Theresa May bute sur cette question irlandaise. L’Union propose de faire une exception pour l’Irlande du Nord afin qu’elle reste alignée sur les règles du marché intérieur mais la première ministre britannique refuse cette solution qui ferait exploser sa fragile majorité parlementaire. Or, ” sans backstop – c’est-à-dire une clause qui évite le retour d’une frontière ” dure ” – , il n’y a pas d’accord “, a rappelé M.  Barnier.

Pour cette raison, les esprits sont très inquiets à Bruxelles et considèrent désormais l’hypothèse d’un non-accord comme tout à fait possible. ” Si les Britanniques parvenaient à surmonter cette question irlandaise, on pourrait conclure en deux jours de négociation “, souligne un diplomate européen, traduisant un sentiment répandu à Bruxelles.

Mais même si un accord est trouvé, il reste un deuxième risque que tout échoue : au niveau du Parlement britannique. Mme May n’a pas de majorité absolue à la Chambre des communes et dépend du bon vouloir d’une cinquantaine de députés jusqu’au-boutistes. Si elle fait trop de concessions à Bruxelles, pas sûr que ceux-ci la soutiennent. Cela pourrait mener à l’effondrement du gouvernement britannique, qui ouvre tous les scénarios possibles, que ce soit un deuxième référendum, un changement de premier ministre conservateur ou l’arrivée au pouvoir de l’opposition travailliste.

Si ces écueils majeurs sont évités, ce ne serait pourtant que… le début d’une longue négociation. L’accord en discussion n’est que celui du divorce, qui prévoit une phase de transition jusqu’à fin 2020, durant laquelle rien ne changerait. Il restera ensuite à négocier le futur traité de libre-échange entre l’UE et le Royaume-Uni.

En principe, ses grandes lignes doivent être déterminées dans une déclaration politique jointe à l’accord de divorce. Mais celle-ci pourrait être floue et ses détails précis ne seront pas tous réglés.

Ce qui signifie que, fin 2019 ou début 2020, Londres et Bruxelles pourraient de nouveau entrer dans une ” dernière ligne droite ” pour faire aboutir les négociations. Plus qu’un risque de déraillement catastrophique, certes toujours possible, le Brexit devrait surtout être un processus extrêmement lent.

Source : Le Monde

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