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Les marchés émergents dans une période de crise?

L’internationale

Les marchés émergents dans une période de crise?

Les marchés émergents entrent-ils dans une phase de crise generalisée et globale? Mercredi 5  septembre, la roupie indonésienne est tombée à son niveau le plus bas depuis 1998, époque de la crise asiatique. Après la livre turque et le peso argentin en août, le rand sud-africain, le rouble russe, le real brésilien, ou encore le peso mexicain ont beaucoup souffert ces derniers jours.

La volatilité des monnaies des pays émergents est proche des plus hauts
enregistrés dans la foulée de la crise financière de 2008, selon les analystes
de la Commerzbank. ” Et  jusqu’ici, aucune amélioration n’est en
vue “
, notent-ils. Les turbulences gagnent aussi les places
boursières. L’indice MSCI, qui intègre les actions d’une vingtaine d’économies
émergentes, a baissé mercredi pour le sixième jour d’affilée. Il affiche un
repli de près de 17 % depuis un pic atteint en janvier. Affectées par les
craintes de contagion, les Bourses de Hongkong, Shanghaï et Shenzhen, en Chine,
ont ouvert dans le rouge jeudi, après avoir fortement reculé la veille.

Remontée des taux américains

Initialement, la secousse est partie de Turquie, début août. Les
tensions diplomatiques avec Washington, les sorties tonitruantes du président
Erdogan, et les déséquilibresde l’économie (avec un déficit courant à plus de 6
 % du PIB et une inflation à 18  % en août) ont fait brutalement
dégringoler la livre turque. Mais, dans la foulée, la baisse des devises d’autres
pays éparpillés aux quatre coins du monde a réveillé les craintes d’une
contagion. En toile de fond, ce coup de froid s’annonce comme un test de la
solidité des émergents, à l’heure de la remontée des taux américains et du
renchérissement du dollar.

Longtemps, ces économies ont profité de ce que les analystes appellent
la ” quête de rendement “. Quand les taux étaient proches de zéro,
les investisseurs ont afflué vers ces régions aux actifs rémunérateurs, car
plus risqués. Mais les Etats-Unis sont désormais bien engagés dans un cycle de
resserrement monétaire. Et la robustesse – voire la surchauffe – de l’économie
américaine risque de pousser la Réserve fédérale (Fed) à accélérer la cadence.

” Depuis déjà mi-avril, ces anticipations se sont traduites par des
sorties de capitaux importantes “
, explique
Philippe Waechter, chef économiste d’Ostrum Asset Management. Autrement dit,
les investisseurs ont rapatrié une partie de leurs fonds vers un marché
américain devenu plus attractif.

En sus, la hausse des taux alimente celle du dollar. Un casse-tête pour
les pays affichant un déficit courant élevé et qui dépendent, pour se financer,
des capitaux externes, car cela renchérit le coût de la dette. C’est le cas de
l’Afrique du Sud, de l’Indonésie, mais surtout de la Turquie, dont les
entreprises se sont lourdement endettées en devises étrangères, notamment en
dollars, ces dernières années. Ou encore de l’Argentine, contrainte de
refinancer une énorme dette, après avoir largement profité de l’appétit des
marchés en  2016 et 2017.

Outre ce contexte, ” il y a une prise de conscience que le
risque politique est en train de s’affirmer et que la menace d’une guerre
commerciale se précise “
, souligne Guillaume Tresca, au Crédit
agricole. En témoigne la crise financière en Turquie qui s’est intensifiée avec
le conflit entre Washington et Ankara, autour du sort d’un pasteur américain.
Une crise diplomatique qui s’est finalement traduite par des sanctions
américaines sur les exportations turques d’acier et d’aluminium. Plus largement,
les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine nourrissent les
inquiétudes. Un scénario d’escalade pénalisant durablement le géant asiatique
serait le pire des scénarios pour une partie du monde émergent, très dépendant
du moteur chinois.

Pour autant, les marchés doivent-ils redouter une contagion dégénérant
en crise généralisée ? ” A court terme, la volatilité va être forte
mais, dans la durée, il y aura de plus en plus de différenciation selon les
pays. Certains sont en excellente forme et la majorité des émergents ont réduit
leurs déséquilibres ces dernières années “
, insiste Jean-Charles
Sambor, chez BNP Paribas Asset Management.

Ainsi, les fortunes sont diverses selon les économies. Les plus secouées
sont celles qui présentent le plus de fragilités économiques et politiques
intrinsèques : larges déficits et inflation galopante, en Argentine et en
Turquie, élections à venir au Brésil, crainte des sanctions en Russie…
Ce sont des cas isolés, des pays qui, pour la plupart, ont vécu au-dessus de
leurs moyens et manquent de crédibilité sur leurs politiques publiques “
,
selon Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur-crédit Euler Hermès.

Pour autant, souligne M. Subran, l’emballement ne doit pas être pris à
la légère. D’abord, parce que ces ” feux de forêt ” ne
semblent pas faciles à arrêter. Ainsi de l’Argentine qui, malgré un prêt de 50
 milliards de dollars (43  milliards d’euros) délivré avant l’été par
le Fonds monétaire international, n’a pas réussi à stopper l’hémorragie du
peso. Au point de pousser la banque centrale, fin août, à monter ses taux
d’intérêt à 60  %. Un record.

” Que fera-t-on s’il faut circonscrire des incendies à plus grande échelle ? “, s’interroge l’économiste. Or, les crises chez les émergents servent d’indicateur avancé des déséquilibres financiers mondiaux, affirme M. Subran : ” Une grosse partie de leurs problèmes vient des Etats-Unis, où la surchauffe de l’économie prépare sans doute une nouvelle crise.


Source : Le Monde

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