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Dix ans après la chute de Lehman Brothers, les menaces qui planent… (1ère partie)

L’internationale

Dix ans après la chute de Lehman Brothers, les menaces qui planent… (1ère partie)

Il y a tout juste dix ans, le 15 septembre 2008, la faillite de la banque Lehman Brothers plongeait l’économie mondiale dans une crise financière sans précédent depuis celle de 1929. Banquiers, régulateurs, économistes partagent aujourd’hui la même conviction : il y aura de nouvelles crises financières.

Nul ne sait d’où viendra la prochaine ni quand elle frappera, « mais le système financier est instable par nature, car lorsque tout va bien sur une période assez longue, nous perdons collectivement conscience des risques », note Nicolas Véron, économiste du centre de réflexion européen Bruegel et au Peterson Institute.

Dix ans après Lehman, si la planète finance a en partie tiré les leçons de la crise, la tentation de déréguler à nouveau le système financier est, elle, déjà bien réelle.

La chute de Lehman Brothers avait mis en évidence la fragilité des banques, notamment européennes. Celles-ci n’étaient pas suffisamment capitalisées, c’est-à-dire qu’elles ne disposaient pas d’assez de capitaux propres en regard des crédits distribués. De plus, une part de ces fonds propres, de piètre qualité, ne permettait pas d’absorber des pertes si elles se réalisaient.

C’est la raison pour laquelle nombre d’Etats ont dû recapitaliser, voire nationaliser leurs banques. Pour y remédier, des accords de réglementation bancaire, dénommés « Bâle III », sont adoptés en 2010 sous l’impulsion du Conseil de stabilité financière (FSB) et du G20. L’objectif ? Augmenter le niveau et la qualité des fonds propres des banques et assurer un meilleur encadrement de leur liquidité, afin qu’elles puissent faire face à leurs obligations.

Progrès

« De nets progrès ont été réalisés », note la Banque des règlements internationaux (BRI), la « banque des banques centrales », dans son rapport économique annuel 2018. Les grands groupes bancaires français ont, par exemple, plus que doublé leurs montants de fonds propres. La capacité à absorber les risques est donc aujourd’hui plus forte, même sile montant des fonds propres « des plus grandes banques reste, pour nombre d’entre elles, très inférieur au niveau des pertes qu’elles ont enregistrées lors de la crise de 2008 », relève le rapport du think-tank Terra Nova consacré au bilan des réformes financières depuis 2008.

 « Les risques pris avant la crise par le système bancaire se sont révélés beaucoup plus massifs et inconsidérés en Europe, estime Nicolas Véron. Les crédits subprimes [crédits hypothécaires risqués] aux Etats-Unis ont fait office de détonateur, mais la charge explosive se trouvait en Europe. » Pourquoi ? « Notre dispositif de surveillance n’était pas adapté à une Europe qui commençait à construire le marché unique des services financiers. Alors qu’une consolidation s’annonçait, chaque Etat souhaitait avoir le plus gros secteur bancaire », analyse l’économiste.

L’Europe en a tiré les leçons. Terminés les superviseurs nationaux prêts à fermer les yeux sur les faiblesses de leurs champions locaux. C’est la naissance de l’union bancaire, antidote aux nationalismes dans le secteur, et la mise en place, en 2014, d’une supervision unique pour la zone euro.

Des employés quittant la banque après0 l’annonce de la faillite

Le continent adopte donc le principe de « résolution » bancaire fin 2015. Il prévoit de responsabiliser les parties prenantes privées, en « rinçant » les actionnaires et les détenteurs d’obligations de la banque avant tout recours aux fonds publics. Désormais, les banques européennes sont soumises à des tests de résistance et doivent élaborer des « testaments bancaires », un mode d’emploi pour faciliter leur ­sauvetage en cas de crise.

L’union bancaire n’est toutefois pas achevée. Manque un chaînon essentiel, un fonds de garantie des dépôts européens. Partager le risque entre les différents pays membres constituerait la meilleure parade pour qu’en cas de crise dans un Etat, les citoyens ne doutent pas de cette garantie.

C’est une bonne intention qui pourrait mal tourner. L’idée est de rendre plus transparent et donc plus sûr le marché de produits dérivés. Ces instruments, créés pour permettre aux entreprises de se couvrir contre différents types de risques financiers, ont en effet joué un rôle important dans la crise financière.

Intermédiaire

Avant la crise, la plupart de ces produits étaient vendus de gré à gré. « L’opacité sur les positions de chacun explique la contagion et in fine l’amplification de la violence de la crise », souligne le rapport de Terra Nova.

Aussi, dès 2009, le G20 pousse à ce que tous les contrats de dérivés standardisés soient échangés par l’intermédiaire de chambres de compensation, qui font le lien entre l’acheteur et le vendeur, et se portent garantes de la bonne fin des contrats.

« Mais que fait-on si une chambre de compensation fait faillite ? Comment ça marche ? On ne sait pas. Les autorités ont déplacé le risque systémique et, peut-être, aggravé la situation en cas de risque extrême », avance un expert de la régulation.

Source : Le Monde

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