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Le conflit commercial Chine/USA fait aussi des gagnants

L’internationale

Le conflit commercial Chine/USA fait aussi des gagnants

Pour les économistes, l’affaire est entendue : les guerres commerciales sont néfastes à la croissance mondiale et font surtout des perdants. Chez les ménages, qui voient les prix augmenter, et parmi les entreprises aux chaînes de productions éclatées aux quatre coins de la planète. La bataille commerciale entre Washington et Pékin ” pourrait avoir un coût économique important “, vient encore de mettre en garde le Fonds monétaire international.

L’ambiance entre les deux pays est plus que fraîche : la Chine a annulé la nouvelle série de négociations commerciales prévue prochainement avec les Etats-Unis et le déplacement à Washington du vice-premier ministre Liu He programmé la semaine prochaine, a ainsi rapporté, vendredi 21 septembre, le Wall Street Journal.

Il n’empêche. Ces dernières semaines, les scénarios se sont multipliés sur les potentiels bénéficiaires, parmi les pays tiers, de l’épreuve de force opposant la Chine aux Etats-Unis. Depuis des mois, les deux géants s’affrontent à coups de droits de douane punitifs, dont une nouvelle salve doit entrer en vigueur, lundi 24 septembre. Spectatrices de l’escalade, certaines entreprises d’Europe, d’Amérique du Nord ou d’Asie espèrent être les gagnantes de ce que les analystes appellent les ” effets de détournement de trafic ” : leurs produits, aux prix devenus comparativement plus attractifs, pourraient se substituer à ceux de leurs concurrentes chinoises et américaines sur ces deux marchés.

Au jeu du ” qui perd gagne “, le Mexique et le Canada, partenaires traditionnels des Etats-Unis, sont évidemment bien placés. Ils ne sont pas les seuls. L’Union européenne (UE) a aussi ses chances, a fortiori en étant déjà le deuxième plus gros fournisseur à la fois des Etats-Unis et de la Chine. Certains secteurs sont mieux positionnés que d’autres pour tirer les marrons du feu. C’est le cas lorsqu’ils sont spécialisés sur des produits désormais frappés par les taxes sino-américaines. Selon les économistes de Natixis, ” l’industrie automobile, les machines, l’aéronautique, ainsi que les fabricants d’articles de bureautique devraient bénéficier de la guerre commerciale Etats-Unis – Chine, au moins en termes relatifs “.

Bien sûr, certains seront aussi pénalisés. ” Si des groupes européens présents aux Etats-Unis et en Chine produisent pour le marché mondial, leurs coûts vont également augmenter. Ce serait le cas par exemple si – le groupe allemand – Siemens aux Etats-Unis devait utiliser des composants électroniques de Chine, souligne dans une note Gabriel Felbermayr, de l’institut de recherche économique allemand IFO. Mais pour de plus petites entreprises européennes aux chaînes de valeur régionales, la guerre commerciale va créer de nouvelles opportunités. “ Un propos qui semble viser les champions du ” Mittelstand “, ces grosses PME allemandes spécialisées sur des niches industrielles qu’elles dominent mondialement.

D’après Natixis, les gains potentiels pour les exportateurs européens sont deux fois plus gros sur le marché américain que chinois. Rien de surprenant : les Etats-Unis, qui importent beaucoup plus de Chine que l’inverse, ont imposé des droits de douane additionnels sur des montants nettement plus élevés. Les besoins de substitution sont donc plus importants.

Riposte

Si Pékin ne peut rivaliser avec la surenchère de Donald Trump, sa riposte pourrait inclure des mesures ” qualitatives ” : des actions visant à compliquer la vie des entreprises américaines faisant affaires en Chine… au bénéfice peut-être de firmes concurrentes. ” La Chine pourrait choisir de favoriser les sociétés européennes de façon non officielle, estime Agatha Kratz, directrice associée du cabinet Rhodium Group. Par exemple en donnant des consignes, lors de joint-ventures, de chercher des partenaires européens plutôt qu’américains. “

En Asie, les effets possibles de l’affrontement Pékin-Washington sont bien plus ambivalents. Et à première vue, plutôt négatifs tant la région est économiquement intégrée. Les biens ” made in China ” contiennent de nombreux composants intermédiaires importés de pays voisins. Une chute des exportations chinoises vers les Etats-Unis aurait des répercussions en chaîne pour les fournisseurs d’Asie du Sud-Est. Parmi les plus vulnérables figurent Singapour, la Malaisie et surtout Taïwan, dont près de la moitié des exportations sont destinées à la Chine.

Cependant, à plus long terme, de bonnes surprises ne sont pas exclues pour ces économies. En particulier si des industriels décidaient de déplacer leur production hors de Chine pour contourner les taxes américaines. ” Les pays asiatiques seraient bien placés pour en bénéficier “, analyse Oxford Economics. Une enquête de la Chambre de commerce américaine en Chine, publiée jeudi 13 septembre, l’atteste. Parmi les entreprises interrogées, un tiers disent vouloir délocaliser une partie de leur -production ou de leur chaîne d’approvisionnement en réponse aux droits de douane. Leur destination privilégiée ? Non pas les Etats-Unis, mais l’Asie du Sud-Est.

La région ne manque pas d’atouts, entre de solides taux de croissance, de faibles coûts de production et une base industrielle bien établie. De tels mouvements ont déjà été observés. Ainsi, en 2012, l’imposition par les Etats-Unis de droits de douane sur les panneaux solaires chinois a poussé toute une série de producteurs à se relocaliser en Malaisie.

” Nous recevons tant de demandes que notre principal problème est de savoir comment augmenter les capacités de production “, notamment dans l’électronique ou l’acier, rapportait mi-septembre le ministre malaisien des finances, Lim Guan Eng. Même son de cloche au Vietnam, où le premier ministre Nguyen Xuan Phuc a affirmé voir dans les tensions commerciales sino-américaines ” plus d’opportunités que de défis “.

Source: Le Monde

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