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Le FMI s’inquiète d’un essoufflement de la croissance mondiale

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Le FMI s’inquiète d’un essoufflement de la croissance mondiale

La météo n’est pas encore à l’orage, mais
les avis de gros temps se multiplient pour l’économie mondiale. Le dernier
bulletin d’alerte émane du Fonds Monétaire International (FMI), mardi
9 octobre, au moment où s’ouvrait, à Bali (Indonésie), l’assemblée annuelle
de l’institution. Au lieu d’accélérer, la croissance planétaire plafonne,
souligne le Fonds, qui prévoit désormais une augmentation du produit intérieur
brut (PIB) mondial de 3,7 % cette année et la suivante, comme
en 2017. Au printemps, le FMI tablait encore sur 3,9 %.

« Et il y a des nuages à l’horizon », s’inquiète Maurice Obstfeld, le chef économiste de l’institution, en préambule de ce qui devrait être son dernier rapport, puisqu’il s’apprête à laisser la main à Gita Gopinath. Non seulement certains risques sont « en train de se matérialiser », constate l’Américain, mais « la probabilité augmente de voir se produire d’autres chocs négatifs ». Des aléas susceptibles de modifier encore le scénario de croissance et face auxquels les gouvernements ne semblent pas bien équipés.

La menace protectionniste brandie par le
président américain, Donald Trump, depuis son élection, à la fin de 2016, a
commencé à se traduire dans les faits : ces derniers mois, des taxes
douanières ont été imposées sur une série de produits (acier, panneaux
solaires, lave-linge, etc.) et, notamment, 250 milliards de dollars
(218 milliards d’euros) de biens chinois importés. Une salve de nouveaux
droits de douane à laquelle les pays visés – Chine en tête – ont aussitôt
répliqué.

Pour l’heure, les marchés gardent leur
calme. Mais les données pointent de premiers effets négatifs sur la production,
les investissements et les échanges. Ainsi, après une vigoureuse reprise
en 2017, le commerce mondial de marchandises décélère depuis le début de
l’année. Reflet de ces inquiétudes, le FMI a légèrement révisé à la baisse ses
prévisions de croissance pour la Chine, à + 6,2 % en 2019.

Accord scellé

L’accord
tout juste scellé entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada en faveur d’une
refonte de l’Alena (accord de libre-échange nord-américain) montre qu’une
guerre commerciale généralisée n’est pas forcément à l’ordre du jour. Mais
l’incertitude politique reste élevée et pourrait« entamer la confiance des entreprises
et des investisseurs »
, met en garde le FMI.

La fin de l’été a été tumultueuse pour un
certain nombre d’économies émergentes, de l’Argentine au Brésil, en passant par
la Turquie et l’Afrique du Sud. La hausse du dollar et des taux d’intérêt
américains a provoqué d’importantes sorties de capitaux, a affaibli les devises
nationales et a secoué les marchés financiers locaux.

Ce coup
de froid a essentiellement saisi les pays présentant des fragilités spécifiques
(lourds déficits, instabilité politique, etc.). Mais si le FMI ne discerne pas,
pour l’instant, de contagion, il appelle à la vigilance. Une crise des
émergents, compte tenu de leur poids dans l’économie mondiale, « constitue
une menace importante pour les pays avancés »
, avertit
M. Obstfeld.Après huit années d’affilée d’expansion, l’économie américaine
continue de caracoler, dopée par le stimulus fiscal de Donald Trump. La
croissance est au plus haut (+ 2,9 % en 2018), le chômage au plus
bas, et Wall Street vole de record en record.

Mais le Fonds met en garde contre le risque
de correction sur les Bourses. D’autant que la performance américaine se fait
au prix d’un accroissement de la dette et des déficits budgétaire et
commercial. Un dérapage non contrôlé qui pourrait se solder par une poussée
inflationniste et une brusque remontée des taux d’intérêt. Une gageure dans un
monde où l’endettement – public et privé – atteint des sommets : il est « près
de 60 % plus élevé qu’en 2007 »
, juste avant la
grande crise financière, soulignait, le 1er octobre, Christine Lagarde, la
directrice générale du FMI.

Stagnation

Déjà, cette politique procyclique contribue
à creuser les déséquilibres mondiaux et elle alimente la volatilité chez les
émergents. Selon l’institution, les effets bénéfiques de ces baisses d’impôt
sur l’activité américaine devraient s’estomper dès 2020. Celles-ci risquent
aussi de priver les Etats-Unis de « munitions budgétaires » en
cas de nouvelle crise.

Des salaires qui stagnent, sauf pour les
plus aisés, un ascenseur social en panne et le sentiment d’une inadéquation des
réformes face aux changements structurels de l’économie : le malaise des
populations est, selon le FMI, le plus grand défi auquel feront face les pays
avancés à moyen terme.

Ainsi, aux Etats-Unis, rappelle le Fonds,
le salaire médian n’a pratiquement pas bougé entre 1999 et 2016. « A
moins de rendre la croissance plus inclusive, les politiques modérées et basées
sur le multilatéralisme seront de plus en plus menacées
, estime
Maurice Obstfeld. Au détriment de tous. »

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