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Renégociation de l’Alena : vers un echec

Avec le nouvel accord, des fabricants d'automobile pourraient relocaliser leur production

L’internationale

Renégociation de l’Alena : vers un echec

Les buts affichés de Donald Trump en renégociant l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) – s’il est toutefois possible de parler de ” renégociation ” pour désigner les attaques d’une brute contre ses voisins plus faibles jusqu’à ce que ceux-ci acceptent ses exigences – étaient de réduire les déficits commerciaux des Etats-Unis avec le Canada et le Mexique ainsi que de ” ramener de bons emplois – dans son pays – . Or, à l’aune de ces deux critères, le nouvel accord (United States-Mexico-Canada Agreement – USMCA) est un échec spectaculaire.

Le compromis obtenu détruira probablement plus d’emplois aux Etats-Unis qu’il n’en créera. Les nouveaux ” critères d’origine “, qui requièrent que 75 % d’un véhicule importé soient produits en Amérique du Nord pour que celui-ci soit exempté de droits de douane (contre 62,5  % au titre de l’Alena), réduiront l’emploi en augmentant les coûts de production. Cette exemption est aussi désormais conditionnée au fait que 40 % à 45 % de la valeur du véhicule soient produits par des salariés gagnant au minimum 16  dollars de l’heure à partir de 2023 – un niveau beaucoup plus élevé que celui auquel peuvent espérer prétendre les travailleurs mexicains de l’automobile. Les producteurs d’automobiles mexicains préféreront, plutôt que de respecter ces critères, se soumettre aux modestes droits de douane de 2,5  % qui leur seront alors imposés.

Donald Trump

Mais, quels que soient leurs choix, ces deux dispositions réduiront globalement la compétitivité des producteurs américains. En réalité, les fabricants d’automobiles d’Asie et d’Europe se frottent probablement les mains à l’idée d’augmenter leurs ventes. Ils prendront l’avantage sur les producteurs d’Amérique du Nord dans les pays tiers, et peut-être même sur le marché des Etats-Unis.

Délocalisation

Quant aux fabricants d’automobiles étrangers ayant des usines aux Etats-Unis, il est fort probable qu’ils délocaliseront celles dont la production est destinée aux marchés extérieurs. Ces réaffectations, combinées à l’augmentation du prix des voitures aux Etats-Unis, réduiront encore la production automobile globale américaine, et par conséquent l’emploi dans ce secteur. Et quand bien même les fabricants de pièces américains augmenteraient leur production, ils seraient incités à automatiser autant que possible plutôt qu’à embaucher.

L’un des principaux avantages de l’Alena était de favoriser les chaînes d’approvisionnement intégrées dans toute l’Amérique du Nord. Les fabricants d’automobiles américains avaient accès à des pièces au cœfficient de main-d’œuvre élevé provenant du Mexique, tandis que les producteurs mexicains pouvaient se fournir à moindre coût en pièces américaines réclamant au contraire une forte intensité de capital. En conséquence, l’industrie automobile d’Amérique du Nord améliorait sa compétitivité sur les marchés internationaux. L’USMCA ne va pas détruire les chaînes d’approvisionnement efficaces qu’avait permises l’Alena, mais augmenter leurs coûts, et donc en réduire l’avantage.

A court terme, l’USMCA ne changera pas grand-chose. Mais, à long terme, il restreindra probablement l’emploi aux Etats-Unis, diminuera les parts de l’Amérique du Nord sur le marché automobile mondial et, plus grave encore, affaiblira la crédibilité de l’Amérique sur les questions liées aux échanges internationaux. Car les autres Etats vont maintenant se demander pourquoi ils devraient négocier avec un pays qui déchire à son gré les accords signés. Même si les Etats-Unis devaient tirer quelques avantages commerciaux d’amis et alliés contraints de s’asseoir à la table des négociations, ces gains ne compenseront pas les pertes essuyées par leur soft power. 

Source : Le Monde

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