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Brexit : très peu de délocalisation de la City de Londres

L’internationale

Brexit : très peu de délocalisation de la City de Londres

Rarement aussi peu d’emplois auront été regardés d’aussi près par autant de monde. Après plus de deux ans de lobbying féroce des différents centres financiers d’Europe continentale, et malgré le chaos politique britannique, les départs de banquiers de la City de Londres se comptent en quelques milliers de personnes, au maximum.

Paris fait probablement la course en tête, légèrement devant Francfort, selon le dernier pointage de Paris Europlace, le lobby de la place parisienne. Mais le magot est bien maigre : environ 4 500 emplois pour Paris contre 3 500 à Francfort. Et encore ne s’agit-il que d’emplois annoncés : les départs réels de la City de Londres ne dépassent pas quelques centaines de personnes. Pour le centre londonien, qui s’est battu contre le Brexit de toutes ses forces, c’est à peine une écorchure.

Jeudi 18  octobre, Paris La Défense, qui représente le quartier d’affaires parisien, menait une nouvelle offensive de charme à Londres, en marge d’un grand -salon immobilier. Dans un pub de l’ouest de la capitale britannique, les participants – principalement des Français, y compris parmi le public – étaient forcés de le reconnaître : le grand soir n’est pas arrivé.

 Au début, certains ont pu avoir l’impression que la plate-forme de Londres allait se déplacer en masse, mais ça ne se passera pas comme ça, explique Marie-Célie Guillaume, directrice de Paris La Défense. Londres restera Londres, mais le Brexit a ouvert de la place pour les autres. De plus, 4 500 emplois hautement qualifiés et à hauts salaires génèrent de la richesse. “

Les chiffres avancés par Paris Europlace sont pourtant à prendre avec des pincettes. En comptant les annonces faites jusqu’à présent, il est difficile d’atteindre le total de 4 500 emplois : 1 000 pour HSBC, 1 000 pour les banques françaises (Société générale, BNP Paribas, Crédit agricole), 400 pour Bank of America Merrill Lynch, 150 pour JPMorgan, 60 pour Citi… Même en ajoutant les gestionnaires d’actifs, dont Schroders, et les assureurs, le compte n’y est pas vraiment.” 

D’ailleurs, les spécialistes de l’immobilier parisien n’ont vu aucun impact sur la demande de bureaux. ” C’est trop tôt “, estime Erik Sondén, du cabinet de consultants EY. ” On voit de vrais signes que les entreprises se préparent, mais les décisions de déménagement ne sont généralement pas encore prises “, ajoute Philippe Pronost, de CDC International Capital, une filiale de la Caisse des dépôts.

Crevaison lente

Alors les 75 000 emplois que la City de Londres craignait de perdre, selon la fourchette haute de sa propre estimation, n’étaient-ils qu’une crainte infondée ? Miles Celic, le directeur de TheCityUK, le principal lobby de la City, refuse de crier victoire. ” Le risque n’est pas celui d’une explosion, mais d’une crevaison lente “. Le Brexit n’entre en vigueur qu’en mars  2019, et pourrait être suivi par une période de transition qui durera jusqu’à fin 2020, voire 2021. Ses effets prendront du temps à se faire sentir. ” Notre objectif est de limiter les dégâts “, poursuit M. Celic.

Ce pessimisme, malgré le faible nombre de déménagements, s’explique par l’atmosphère de ” drôle de guerre ” qui règne dans le centre financier. Si le passeport financier européen, dans son état actuel, est perdu, les négociations restent ouvertes, et tous les scénarios demeurent possibles. Les grandes institutions financières n’ont guère intérêt à se précipiter. Elles risqueraient de déplacer leurs activités de la City de Londres trop vite, sans connaître le nouveau régime qui liera Londres et Bruxelles. Chacun se tient donc prêt à activer un plan d’urgence mais préfère attendre.

HSBC illustre cette stratégie. La banque britannique dispose depuis longtemps d’une licence bancaire en France et elle parle ouvertement de déplacer ” jusqu’à 1 000 emplois “. En août, elle a annoncé que sa filiale française prenait le contrôle des activités en Belgique, en Irlande, en République tchèque, en Italie, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Espagne, qui étaient jusqu’à présent sous tutelle britannique. D’un point de vue juridique et réglementaire, tout est prêt. Mais aucun emploi n’a bougé. L’objectif est d’attendre jusqu’au dernier moment.

Pour autant, en sous-sol, les plaques tectoniques de la finance ont bougé. Chacun des centres financiers d’Europe continentale a affûté ses atouts. Paris, qui partait avec un grave déficit d’image, a été le plus agressif de tous. Le centre financier français a mené des campagnes de publicité et organisé plusieurs déplacements très publics à Londres. Scott Lavery, Sean McDaniel et Davide Schmid, des universités de Sheffield, Warwick et Groningue, sont allés enquêter à Paris et Francfort pour comparer les approches. ” – En France – , une logique souverainiste soutient les efforts du gouvernement central et du bureau du président – de la République – . De nombreux acteurs nous ont dit que l’effort venait du sommet du gouvernement français “, expliquent-ils dans un article à paraître prochainement. ” Le contraste est saisissant avec Francfort, (…) où l’implication de l’Etat fédéral a été minimale “, continuent-ils.

Au-delà du marketing, Paris vend aussi – et surtout – les réformes du gouvernement Macron. face à la City de Londres. ” Il y a un alignement des planètes, avec l’arrivée de Macron, les Jeux olympiques – à Paris en  2024 – , le Grand Paris Express… “, vante Mme Guillaume. Un statut fiscal avantageux a été mis en place pour les riches étrangers qui -s’installent en France, une nouvelle école internationale vient d’ouvrir, et une autre est en préparation pour la rentrée 2019. ” On nous dit désormais que Paris est le meilleur écosystème parce qu’il a les clients, c’est-à-dire les grandes entreprises, les talents, c’est-à-dire la main-d’œuvre de qualité, et les infrastructures “, vante Arnaud de Bresson, le directeur de Paris Europlace. Reste à transformer cela en emplois concrets.

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