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Comment l’affaire Khashoggi pourrait faire flamber le prix des carburants

L’internationale

Comment l’affaire Khashoggi pourrait faire flamber le prix des carburants

L’affaire Khashoggi va-t-elle
précipiter le monde du pétrole dans la tourmente ? La mort du journaliste
saoudien critique du régime de Riyad, au consulat saoudien ­d’Istanbul, en
Turquie, le 2 octobre, représente un test inattendu pour l’une des
alliances les plus capitales de l’économie mondiale : la relation entre
les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.

Nonobstant la pression inter­nationale, le président américain, Donald Trump, a mis plusieurs jours avant de condamner le ­pouvoir saoudien dans l’affaire Khashoggi . Cependant, depuis jeudi, il a durci le ton, ­assurant que les conséquences seraient « très sévères » s’il était prouvé que les dirigeants du royaume wahhabite avaient un lien avec la mort de Jamal Khashoggi.

Aux Etats-Unis, où l’Arabie saoudite a toujours mauvaise presse, surtout en période électorale (le scrutin de mi-mandat se tiendra mardi 6 novembre), des sénateurs ont réclamé une enquête officielle dans le sillage de l’affaire Khashoggi . Dans la nuit de vendredi à samedi, les autorités de Riyad ont affirmé, après plusieurs jours de tergiversations, que M. Khashoggi était bien mort dans les locaux du consulat à la suite d’une « bagarre » – une ligne de défense qui semble très peu crédible.

Après les menaces venues
d’outre-Atlantique, les Saoudiens ont immédiatement riposté : « Si
le royaume devait faire face à une quelconque sanction, il répondrait de
manière encore plus grande »
, a-t-il été prévenu dans un communiqué
publié par l’agence officielle SPA, soulignant « le rôle vital
que 
[jouait] l’Arabie saoudite dans l’économie
mondiale ».

La référence à l’arme
pétrolière est transparente : avec ses gigantesques réserves, le pays du
Golfe assure 10 % de la production mondiale et conserve sa place de
premier exportateur mondial. « Nous sommes la banque centrale du
marché du pétrole »
, a encore insisté le ministre du pétrole saoudien,
Khaled Al-Faleh, lors d’un déplacement en Inde, le 15 octobre.

Révélations choquantes

Ces déclarations, conjuguées
aux révélations choquantes sur les détails de la mort de M. Khashoggi, ont
fait trembler les marchés pétroliers, avec un baril dépassant régulièrement les
80 dollars (70 euros). Lundi matin encore, il flirtait avec ce prix.

Au cours des derniers jours,
les Saoudiens ne se sont pas privés de rappeler à quel point ils tenaient un
rôle essentiel pour ­éviter une flambée des prix. « Sans les
efforts entrepris par l’Arabie saoudite, les prix du pétrole seraient
facilement au-dessus de 100 dollars »
, a averti M. Al-Faleh.
S’ils décidaient de réduire leurs exportations, « on ne [pourrait] exclure
que les prix grimpent à 100 ou 200 dollars le baril, voire plus »
,
a déclaré dans une tribune Turki Aldakhil, l’un des dirigeants de la chaîne de
télévision Al-Arabiya, détenue par Riyad.

Pour autant, peu
d’observateurs croient que la relation américano-saoudienne puisse être
durablement affectée par ces événements. « Il semble très peu
probable que les Saoudiens utilisent l’arme du pétrole. Ils ont les moyens de
le faire en tant que premier exportateur mondial, mais ils savent qu’ils se
causeraient plus de dégâts à eux-mêmes qu’aux Etats-Unis »
, analyse
Jason Bordoff, ex-conseiller chargé de l’énergie à la Maison Blanche, sous
Barack Obama, interrogé par l’agence Bloomberg.

Les Saoudiens pourraient
bénéficier quelques semaines d’un cours du pétrole élevé, mais, en écornant
leur réputation de fournisseur fiable, ils risqueraient de perdre de
nombreux marchés et de fragiliser leur position dans la région face à l’Iran. « L’arme
du pétrole ne fonctionne pas »,
 assure l’analyste John Kemp,
soulignant qu’une hausse massive des prix aurait un impact énorme sur la Chine
et l’Inde, deux pays qui ­portent la demande mondiale.

« Quand la poussière sera
retombée sur cette sinistre affaire, on constatera malheureusement que cela
n’aura pas pesé lourd »
, ­estime Francis Perrin, directeur de recherche à
l’Institut de relations internationales et straté­giques et bon connaisseur du
monde arabe.

Donald Trump n’a pas non plus
intérêt à une hausse du prix du pétrole. Depuis plusieurs mois, il admoneste
sur Twitter ses partenaires saoudiens pour les pousser à augmenter la
production, afin de faire baisser les prix. Et pour cause : les prix de
l’essence aux Etats-Unis sont au plus haut, alors que les midterms se
profilent.

De plus, le marché pétrolier
est déjà tendu en raison de la « ligne dure » adoptée par Washington
contre Téhéran. Le 4 novembre, les exportations d’or noir ira­niennes
tomberont sous le coup de nouvelles sanctions américaines extrêmement sévères,
ce qui devrait accentuer leur chute.

En six mois, elles sont
passées de 2,5 à 1,3 million de barils par jour. Une baisse spectaculaire,
quelque peu atténuée par le fait que plusieurs tankers iraniens continuent
d’opérer de manière « fantôme » pour assurer à terme des livraisons
non déclarées, selon le site spécialisé Tanker Tracker.

Barils

En juin, Saoudiens et Russes,
avec leurs alliés au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole
(OPEP), s’étaient engagés à accroître leur production d’un million de barils
par jours pour pallier le manque de barils iraniens. Mais, d’après un document
interne au cartel, obtenu par l’agence Reuters, si l’Arabie saoudite a tout
fait pour gonfler sa production, les autres pays concernés n’ont réussi à
augmenter la leur que de 600 000 barils par jour.

Pour empêcher une hausse des
prix trop importante, l’administration américaine étudie la ­possibilité
d’accorder des exemptions à certains pays – notamment à l’Inde – pour leur
permettre de continuer à acheter un peu de pétrole iranien. Cet assouplissement
pourrait calmer les tradeurs pétroliers, qui misent tous sur un prix du pétrole
élevé pendant la période hivernale.

Pour préserver leurs intérêts et la stabilité du marché pétrolier, les Américains pourraient être tentés de choisir une voie médiane : sanctionner quelques individus jugés responsables de la mort de Jamal Khashoggi, ce qui permettrait à Donald Trump de pouvoir affirmer sur la scène politique nationale qu’il a puni les coupables… mais sans en faire trop, pour que Riyad ne se sente pas obligé de contre-attaque. 

Source : Le Monde

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