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L’économie américaine pourrait-elle entrer en récession?

L’internationale

L’économie américaine pourrait-elle entrer en récession?

Deux années de prospérité pour l’économie américaine sous le règne de Donald Trump. A dix jours des élections de mi-mandat du 6 novembre, le président américain peut jubiler : la croissance a progressé plus que prévu au troisième trimestre, au rythme de 3,5 %, après 4,2 % au deuxième trimestre.

L’économie
devrait donc finir l’année sur une croissance supérieure à 3 %, sa
meilleure performance depuis 2005. Le taux de chômage est au plus bas depuis
1969, passé de 4,8 % à 3,7 %, avec plus de quatre millions d’emplois
créés depuis janvier 2017 ; Wall Street, en dépit de la correction
actuelle, a bondi de plus d’un tiers pour le Nasdaq et le Dow Jones et d’un
quart pour le S&P 500 depuis l’élection de M. Trump. Ajoutons que les
salaires progressent au rythme annuel de 3,5 % (avec une inflation de
2,2 %) et que les inégalités se réduisent : de l’aveu même de Jason
Furman, ancien conseiller de Barack Obama, les salaires des 20 % les plus
pauvres sont ceux qui progressent le plus, à la différence de ce qui se passait
à la fin des années 1990.

Le bonheur de l’économie américaine est-il, sous Trump, digne de ce qu’il fut sous Clinton ? Avec un président américain honni par ses adversaires, de tels propos suscitent immédiatement la contestation : la reprise avait commencé sous Obama et s’explique par la bonne santé des entreprises ; les chiffres du chômage masquent un taux d’activité trop faible, avec des hommes sortis du marché du travail ; et l’économie américaine va se fracasser sur un déficit budgétaire et la politique protectionniste de M. Trump, comme en atteste la douche froide à Wall Street.

Essayons
de voir ce qu’il en est. D’abord, Obama avait remis sur pied l’économie
américaine (10 % de chômage en 2009), mais l’année électorale 2016 a
été mauvaise, handicapée par des tensions monétaires, un krach pétrolier et une
croissance limitée à 1,6 %. Le New York Times a publié,
en octobre, une enquête sur« La récession invisible de
2016 : l’événement passé inaperçu le plus important de la décennie », qui
aurait facilité la victoire de Trump, arrivé au pouvoir dans une période
(éphémère) de reprise mondiale.

Ensuite, contrairement aux prédictions des Cassandre, en particulier du Prix Nobel 2008 Paul Krugman, la Bourse et l’économie américaine ne se sont pas effondrées au soir de l’élection. Parce que le président élu a mené une politique pro-business et renoncé à ses promesses les plus folles, comme l’avaient anticipé les marchés.

Il est
vite apparu qu’il n’instaurerait pas une taxe de 30 % à la frontière
mexicaine, que ses grands travaux et son mur ne seraient pas réalisés. En
revanche, il a mené à bien sa réforme fiscale, adoptée fin 2017, qui a à la
fois simplifié – un peu – la fiscalité et – surtout – baissé de 35 % à 21 %
le taux d’imposition des entreprises. Ce succès n’était pas acquis, tout
Washington disant ce projet mort après l’échec, à l’été 2017, de l’abolition de
la loi sur la santé de Barack Obama.

La
taxation forfaitaire des profits détenus à l’étranger a forcé les multinationales
à rapatrier leurs capitaux (décision que les Européens ont été bien en peine de
critiquer). L’administration a réduit les contraintes environnementales, à la
plus grande joie des agriculteurs et des industriels du Midwest. Dans un pays
cartellisé, M. Trump a tenté d’introduire plus de concurrence, mais a
échoué à interdire la fusion Time Warner-AT & T. Il a dérégulé les
marchés financiers, qui l’avaient été à l’excès selon Wall Street, mais choisi
pour diriger la banque centrale américaine, la Réserve fédérale (Fed), un
républicain modéré et respecté : Jerome Powell.

Réforme fiscale

Dans ce
contexte, les électeurs républicains ont toutes les raisons d’être satisfaits,
même si la réforme fiscale, qui profite aux plus aisés et aux entreprises, ne
recueille pas l’approbation espérée. Bien sûr, M. Trump ne s’attaque pas
aux maux les plus graves de son pays (systèmes éducatif et de santé à la fois
ruineux et inégalitaires), les Etats-Unis font de moins en moins figure de
modèle, mais ce n’est pas l’agenda des républicains.

Tout
irait très bien, donc, s’il n’y avait pas la chute des marchés financiers.
Celle-ci, se délecte le Washington Post, « complique
le message politique »
de M. Trump. Le président a pris les cours de
Bourse comme indicateurs de son succès et a trouvé un responsable, Jerome
Powell, accusé de remonter ses taux trop fortement. La Fed veut disposer de
marges de manœuvre en cas de ralentissement économique, et son équation est
compliquée par M. Trump et les républicains, qui ont renié toute orthodoxie
budgétaire : le pays a enregistré, cette année, un déficit de 3,9 %
du produit intérieur brut (PIB) et celui-ci devrait dépasser 5 %
en 2019, réforme fiscale et dépenses militaires abyssales obligent.

Nul ne
croit à un réel problème de financement pour un pays qui bénéficie du privilège
du dollar, abrite la Silicon Valley et dont la dette publique équivaut à celle
de la France (un an de PIB). Simplement, dopée artificiellement à la dépense
fiscale, moins profitable en raison de la hausse des salaires et de taux,
l’économie se prépare à atterrir, sans doute plus brutalement que si M. Trump
avait mené une politique orthodoxe. Les Américains n’ont pas encore saisi le
danger – la croissance du troisième trimestre a été tirée par la consommation
(+ 4 %) et les dépenses publiques (+ 3,2 %), à la différence des
entreprises, qui ont mis le frein sur les investissements (+ 0,8 %, contre
plus de 10 % au premier semestre). Pour la présidentielle de 2020, le
tableau a toutes les chances d’être moins joyeux.

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