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Apple, otage de la guerre économique Chine-USA

L’internationale

Apple, otage de la guerre économique Chine-USA

Donald Trump a fait de l’entreprise l’une de ses cibles préférées : Apple, le géant américain des technologies, est accusé par le président américain de produire en Chine, contribuant au déficit commercial des Etats-Unis. La Chine est en effet essentielle dans l’écosystème d’Apple. C’est dans ce pays que sont assemblés ses produits, et le marché chinois assure aussi près de 20 % de ses ventes sur les trois premiers trimestres 2018. Apple, marque symbolique du succès technologique américain et du made in Chinarisque-t-elle d’être prise entre les deux feux de la guerre économique sino-américaine ?

La petite phrase inscrite au dos des iPhone et Macbook résume la chaîne d’approvisionnement de nombre de grandes marques américaines : les produits Apple sont « designed by Apple in California, assembled in China ». Mis au point par les ingénieurs d’Apple dans la Silicon Valley, les produits sont construits sur les chaînes de montage de sous-traitants chinois, au premier rang desquels le taïwanais Foxconn, premier employeur privé en Chine. Quand ils sont envoyés aux Etats-Unis, les produits sont facturés à prix d’usine, environ 400 dollars (350 euros) pour un iPhone X, estime l’entreprise américaine d’information économique IHS Markit. C’est cette somme qui entre dans le compte du déficit commercial américain. Résultat, avec les méthodes de calcul actuelles, Apple contribue à hauteur de 4,4 % au déficit commercial américain avec la Chine pour 2017.

A l’inverse, les iPhone vendus en Chine ne sont pas comptabilisés comme des exportations américaines en Chine. Apple est pourtant en tête du classement des entreprises américaines qui vendent le plus à la Chine. En 2017, Apple a gagné 44,7 milliards de dollars en « Chine élargie » (Greater China, soit la Chine continentale, Hongkong et Taïwan), loin devant les deuxième et troisième du classement, Intel et Qualcomm, qui ont réalisé environ 14 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans le pays.

Haut de gamme

Mais la réalité est plus complexe encore : car outre le design, l’assemblage et la vente, une bonne partie de la valeur des iPhone provient de ses composants haut de gamme. Les écrans sont signés Samsung, soit 110 dollars envoyés en Corée du Sud par appareil, d’après les estimations d’IHS Markit. Les éléments de la mémoire du téléphone viennent des usines du japonais Toshiba et du coréen SK Hynix, pour 44 dollars. Il faut encore y ajouter le processeur, fourni par l’américain Qualcomm… Au total, la Chine ne récolterait que 3 % à 6 % de la valeur ajoutée de l’iPhone, selon les estimations. C’est la raison pour laquelle Pékin veut faire monter son industrie dans la chaîne de valeur, notamment grâce à son programme « Made in China 2025 », qui concentre les efforts et les subventions vers une dizaine de secteurs de pointe, au grand dam des Etats-Unis qui y voient un exemple des pratiques déloyales chinoises.

Donald Trump et le Président chinois Xi Jinping

Alors qu’Apple est à la merci des autorités chinoises, qui pourraient facilement gêner sa production en Chine ou diriger une campagne de boycottage contre ce symbole de la réussite américaine, Pékin s’est pour l’instant gardé de toute interférence. Paradoxalement, c’est de l’administration américaine qu’Apple a le plus souffert. Début septembre, la marque à la pomme avait écrit au Bureau du représentant américain au commerce pour s’opposer à la deuxième salve de droits de douane américains sur 200 milliards de produits chinois, dénonçant une « taxe sur les consommateurs américains ». Donald Trump avait répondu dans un tweet : « Il y a une solution facile… fabriquez vos produits aux Etats-Unis et pas en Chine ! »

Finalement, les droits de douane américains ont épargné les produits électroniques d’Apple, mais cela n’a pas empêché de faire chuter en Bourse les principaux sous-traitants d’Apple en Chine : depuis l’annonce de cette nouvelle salve de taxes début septembre, Foxconn a perdu 15 % de sa valeur boursière, GoerTek (écouteurs AirPods) 20 %, et Lens Technology (écrans tactiles des iPhone) 34 %.

Source : Le Monde

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