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La croissance de la zone euro au plus bas depuis quatre ans

L’internationale

La croissance de la zone euro au plus bas depuis quatre ans

Le chiffre est décevant. Décourageant, même, tant il tranche avec la bonne dynamique observée il y a un an encore. Entre juillet et septembre, la zone euro a enregistré une croissance de 0,2 % seulement, soit deux fois moins que sur les deux trimestres précédents, selon les statistiques publiées mardi 30 octobre par Eurostat.

Il s’agit du plus bas niveau connu depuis début 2014. Un trou d’air que certains économistes espèrent temporaire, pariant sur un rebond en fin d’année. « Mais rien n’est moins sûr : les derniers indicateurs ne prêtent pas vraiment à l’optimisme », remarque Gilles Moëc, économiste chez Bank of America Merrill Lynch.

Dans le détail, la croissance
française a retrouvé un peu d’élan, avec un produit intérieur brut (PIB) en
hausse de 0,4 % entre juillet et septembre. « C’est la seule bonne surprise de la
journée,
 commente Nadia Gharbi, spécialiste de la zone euro
chez Pictet. L’investissement des entreprises tricolores est resté solide,
notamment dans le secteur manufacturier. »

En revanche, l’Italie a
enregistré une croissance nulle, après + 0,2 % au deuxième trimestre. Une
stagnation de mauvais augure pour le gouvernement de coalition, qui table sur
une croissance de 1,5 % en 2019. Mais cette cible optimiste sera difficile
à atteindre au regard du coup de mou traversé par l’industrie de la Péninsule
depuis quelques mois. La Commission européenne, elle, mise plutôt, pour le
pays, sur 1,1 %.

En plein bras de fer avec
Bruxelles autour de son budget 2019, Rome ne compte pas modifier sa stratégie
pour autant. « L’arrêt du PIB est conjoncturel, il concerne toute
l’économie européenne, 
a souligné, mardi, Giuseppe Conte, le
président du conseil, en visite en Inde. Nous l’avions prévu et c’est pour
cela que nous avons décidé d’avoir un budget expansif. » 
Selon
lui, le creusement du déficit public à 2,4 % du PIB en 2019 permettra « d’inverser
cette tendance » 
et d’éviter une récession en relançant
la demande. Un pari laissant la plupart des économistes sceptiques.

La première estimation de la
croissance allemande ne sera pas connue avant le 14 novembre, mais tout
porte à croire qu’elle sera également mauvaise. « Cela tient notamment à des facteurs
temporaires »
, estime Jessica Hind, chez Capital Economics. En
particulier dans l’automobile : les nouvelles normes anti-pollution ont
désorganisé les chaînes de production de plusieurs constructeurs germaniques.

Nos voisins, dont l’économie est plus ouverte que la nôtre, ont
en outre souffert de la conjoncture internationale plus morose. « Iran,
Argentine, Turquie : de nombreux pays émergents vont mal, et le
ralentissement chinois a pesé sur les exportations du Vieux Continent »
,
résume M. Moëc. Au troisième trimestre, le PIB de l’empire du Milieu a en
effet progressé de 6,5 % en rythme annuel, contre + 6,7 % sur le
trimestre précédent, soit la plus faible hausse enregistrée depuis début 2009.
La consommation interne peine à prendre le relais sur les investissements et
les exports, moteurs traditionnels de l’économie du pays.

S’ajoutent à cela les
tensions commerciales entre Washington et Pékin, pesant sur le moral des
entreprises européennes, ainsi que les inquiétudes politiques, en particulier
autour du budget italien. Pas étonnant, dès lors, que le sentiment économique
en zone euro mesuré par la Commission européenne se soit de nouveau dégradé. En
octobre, il est tombé à 109,8 points, contre 110,9 points en septembre. Il
s’agit de la plus forte baisse enregistrée depuis le mois de mars.

Demande intérieure

Enfin, la demande intérieure
a été pénalisée par la remontée des cours du pétrole. Le prix du baril de brent
est passé de 70 dollars à 86 dollars entre mi-août et début octobre
(il est retombé à 75 dollars depuis), générant un surcroît d’inflation, au
détriment du pouvoir d’achat des ménages. D’autant que, pour l’instant, les
hausses de salaires sont insuffisantes pour compenser la remontée de l’indice
des prix.

Ce ralentissement peut-il convaincre la Banque centrale
européenne (BCE) de maintenir un peu plus longtemps que prévu ses rachats de
dettes publiques et privées (le quantitative easing en
anglais, ou QE) ? Probablement pas. Cela fait des mois que son président,
Mario Draghi, prépare les marchés à la fin de ce programme, prévue pour
décembre. « Le chiffre décevant du troisième trimestre ne le fera
pas changer de stratégie »
, résume Mme Gharbi. D’autant que
sur le front de l’emploi, les nouvelles restent bonnes. En août, le chômage est
tombé à 8,1 % de la population active dans la zone euro, son plus bas
niveau depuis novembre 2008. De nombreux pays, dont l’Allemagne, l’Autriche
ou encore les Pays-Bas, sont au quasi plein-emploi.

Reste que le scénario pour
les mois à venir n’a plus grand-chose à voir avec celui en vigueur il y a
encore un an. A l’époque, l’élection d’Emmanuel Macron laissait espérer le
recul des populismes et l’émergence d’une voix progressiste forte en Europe. Le
PIB de l’union monétaire progressait de 0,7 % par trimestre, à un rythme
jamais vu depuis près d’une décennie. Sur l’ensemble de l’année 2017, la
croissance de la zone euro (+ 2,4 %) avait même dépassé celle des Etats-Unis
(+ 2,2 %). « Désormais, nous suivons une dynamique inverse : la
croissance fléchit et les progressistes sont en mauvaise posture dans l’Union
 regrette
M. Moëc. Et
il est peu probable que la situation change avant les élections européennes de
mai 2019. »

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