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Revolut, la néobanque qui veut faire une révolution dans le secteur bancaire

L’internationale

Revolut, la néobanque qui veut faire une révolution dans le secteur bancaire

Revolut est une néobanque qui ne fait pas de campagne de publicité, qui n’a pas d’agences ni même de centres d’appels ; et pourtant dans sa course aux clients, elle laisse toutes les autres loin derrière elle. Revolut, comme son nom l’indique veut ” renverser le secteur bancaire “ pour devenir le ” Netflix des services financiers “.

La jeune fintech (start-up de la finance) londonienne s’est lancée en  2015 en permettant à ses utilisateurs de transférer de l’argent et de payer dans de multiples devises étrangères sans frais, en utilisant un compte à recharger et une carte pré-payée (dont l’envoi est facturé 6  euros). La recette est simple : des prix cassés, la création d’un compte actif promise ” en soixante  secondes ” et une application sur smartphone pour gérer ce compte.

Le succès est fulgurant. Certes, Revolut perd de l’argent et doit encore démontrer que son modèle d’affaires est soutenable. Mais, elle revendique aujourd’hui plus de 3  millions de clients en Europe, dont 1,3  million au Royaume-Uni. En France, son deuxième marché, elle affirme avoir gagné 400 000 clients, un an après l’ouverture de son bureau parisien, soit autant qu’Hello bank !, la filiale de banque mobile de BNP Paribas lancée en  2013.

Surtout, ses ambitions paraissent démesurées. Forte de sa licence d’établissement de monnaie électronique obtenue au Royaume-Uni en  2016, la néobanque propose déjà son offre dans 31 pays européens. Elle vise désormais le monde entier. ” Nous sommes prêts à lancer le Japon, l’Australie et Singapour au premier trimestre 2019. Dans ces trois pays, nous finalisons les derniers tests et acceptons déjà des clients en liste d’attente “, indique Emmanuel Boulade, responsable de la communication de Revolut pour la France, la Suisse et la Belgique.

L’établissement veut également planter son drapeau aux Etats-Unis dans les prochains mois, en exploitant la licence d’un partenaire bancaire américain. Suivront le Canada, Hongkong, la Nouvelle Zélande, et, à plus long terme, la Russie. L’objectif tient en un chiffre tout rond : afficher 100  millions de clients d’ici cinq ans. C’est-à-dire trois fois plus que le nombre de clients particuliers du géant international BNP Paribas.

Pour financer cette expansion à marche forcée, inédite dans l’univers bancaire, Revolut a levé en avril 250  millions de dollars  auprès de plusieurs fonds, valorisant la société 1,7  milliard de dollars. Le tour de table a été mené par DST Global, le fonds du capital-risqueur russe Iouri Milner, un milliardaire dont le flair l’a fait investir dans Facebook, Twitter, Spotify, Alibaba, Airbnb et WhatsApp. Revolut a ainsi rejoint le club des ” licornes ” (start-up qui valent plus de 1  milliard).” C’est un ovni complet, assure un banquier français spécialiste des fintech. Ils vont tellement plus vite que tous les autres, en s’aventurant là où les concurrents ont peur d’aller, comme les cryptomonnaies – bitcoins, ethers… –, la Bourse sans frais… ce qu’il y a de plus risqué. “

Ce qui ne manque pas d’attirer l’attention des autorités de supervision bancaire, alors que Revolut a déposé en novembre  2017 une demande d’agrément bancaire auprès de la banque centrale de Lituanie, qui lui permettra, par le biais du ” passeport européen “, d’exercer sous le statut de banque dans les pays membres de l’Union européenne, en sus de ses activités actuelles. De quoi rassurer les clients et élargir la gamme de produits au crédit et à l’épargne. Pourquoi avoir choisi la Lituanie ? ” La Banque centrale de Lituanie a une démarche commerciale plus qu’une démarche de superviseur pur. Si les règles d’agrément sont les mêmes au sein de la zone euro, il n’y a pas la même culture d’intrusion dans les modèles bancaires. La Lituanie a ainsi proposé aux établissements de paiement du Royaume-Uni de venir s’installer chez eux avec l’assurance morale qu’ils ne seront pas contrôlés pendant un an “, indique une source bien informée.

” Vilnius se rêve en capitale européenne des fintech, ils sont bienveillants et répondent rapidement lorsque nous avons des questions. Mais au final, c’est la BCE qui validera ou non notre dossier, que lui présentera la banque centrale de Lituanie “, justifie M.  Boulade. Un observateur note toutefois que la BCE ” n’est pas directement compétente sur l’anti-blanchiment “, qui reste dévolu aux autorités locales.

Revolut a son siège à Canary Wharf, à Londres
Revolut a son siège à Canary Wharf, à Londres

Revolut pensait pouvoir obtenir cette licence bancaire au printemps dernier, puis en octobre. ” Certains points ont été soulevés par le régulateur, des choses plus compliquées qu’on ne le pensait, explique une source interne. C’est pour cette raison que nous demandons, au cas où nous n’obtiendrions pas l’agrément, une licence d’établissement de monnaie électronique au Luxembourg, suffisante pour les services que nous proposons aujourd’hui. ” Derrière cette aventure atypique, se trouvent deux jeunes hommes de 34 ans, les deux fondateurs, Nikolay Storonsky et Vlad Yatsenko. Le premier, né en Russie, est le principal actionnaire de la fintech et le communiquant du duo, reconnaissable à ses cheveux blonds coupés au carré. Il a débuté comme tradeur de dérivés actions chez Lehman Brothers en  2006, avant de rejoindre Credit Suisse à Londres deux ans plus tard, où il a rencontré son futur partenaire, Vlad Yatsenko, un développeur informatique venu d’Ukraine.

Ils quittent la banque helvétique en  2014 et bâtissent un établissement fort peu conventionnel, où les opérations restent entièrement centralisées. En France, deuxième marché de Revolut, le bureau ne compte que deux personnes. Les 530 salariés de Revolut sont essentiellement répartis entre le siège de Londres, le service clients (chargé de répondre par chat) basé à Cracovie en Pologne, et les ingénieurs et développeurs installés à Moscou et à Saint-Petersbourg, en Russie.

Chez Revolut, à Canary Wharf, pas d’ambiance start-up. ” Ni ping-pong ni baby-foot, reconnaît M.  Boulade. Si vous avez le temps de jouer au baby-foot, votre produit sera en retard sur la concurrence. “ La presse britannique a fait écho des horaires à rallonge et du turn-over important des équipes. ” Nikolay est quelqu’un de compliqué, il déshumanise les relations pour obtenir le maximum de performance, indique au Monde un ancien salarié. Ce n’est pas l’atmosphère de travail la plus épanouissante qui soit, mais il a construit une machine de guerre qui bat tous les records. “ ” Ce modèle d’ultra-croissance du fonds de commerce nous bouscule, reconnaît un expert français des fintech. Soit il ira au crash, soit Revolut sera une suberpe licorne. “

Source : Le Monde

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