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Pétrole : sursis à huit pays clients de l’Iran

Un site d'extraction de pétrole en Iran

L’internationale

Pétrole : sursis à huit pays clients de l’Iran

Le retour des sanctions américaines unilatérales contre l’Iran, lundi 5  novembre, notamment pour bloquer ses ventes de pétrole, sera progressif. Le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a en effet rendu publique une liste de huit pays autorisés à poursuivre leurs achats pendant au moins six mois. Il s’agit de la Chine, de l’Inde et de la Turquie, qui sont les premiers importateurs de brut iranien, ainsi que du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan, de l’Italie (premier importateur au sein de l’UE) et de la Grèce. Ces pays doivent mettre ce sursis à profit, selon le chef de la diplomatie américaine, pour réduire leur dépendance au pétrole iranien. Le Japon a d’ores et déjà drastiquement réduit ses achats.

Donald Trump s’en est expliqué en quittant la Maison Blanche, en début d’après-midi, pour tenir les derniers meetings de la campagne des élections de mi-mandat. ” Nous avons les sanctions les plus sévères jamais imposées, a assuré le président des Etats-Unis. Mais pour le pétrole, nous voulons aller un peu plus lentement, parce que je ne veux pas faire monter les prix du pétrole dans le monde. ” ” Je pourrais ramener – les ventes de pétrole – à zéro immédiatement, mais cela provoquerait un choc sur le marché (…). Ce sera graduel “, a-t-il ajouté.

De fait, ce marché n’a quasiment pas réagi à la mise en place de cette nouvelle vague de sanctions. Le baril de brent est resté autour de 73  dollars (64  euros), en baisse par rapport aux semaines précédentes, où il s’approchait souvent de 80  dollars. Cette absence de réaction illustre également le fait que les tradeurs ont déjà intégré la réduction des exportations iraniennes.

Pour autant, les sanctions contre le pétrole iranien pourraient avoir un impact à plus long terme sur les prix du pétrole. Invité sur la chaîne Fox News, Mike Pompeo a estimé que ces exemptions étaient données à des pays ” qui ont besoin d’un peu plus de temps “ pour réduire leurs achats de pétrole iranien. Une manière de rappeler que cette décision de dernière minute doit garder un caractère temporaire.

Tant que l’Iran n’aura pas ” pris un virage à 180 degrés “” nous exercerons une pression implacable sur le régime “, a souligné le secrétaire d’Etat, pendant que l’autre acteur concerné par ce dispositif, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, assurait que ” la pression maximale “ continuera de ” s’accroître “, notamment si les Iraniens tentent ” de contourner les sanctions “.

Donald Trump a annoncé de nouvelles sanctions frappant le pétrole iranien

Ce compromis n’a pas fait l’unanimité. Des ” faucons ” républicains du Sénat, à l’image de Marco Rubio (Floride) et Ted Cruz (Texas), ne se sont pas privés de critiquer ces exemptions. ” Elles donnent à l’Iran un répit financier et devraient être abandonnées aussi vite que possible “, a ainsi prôné M. Rubio.

Le marché pétrolier pourrait pourtant rester tendu dans les prochains mois, a averti le cabinet Wood MacKenzie dans une note publiée lundi. En cas d’hiver très froid et de forte demande, l’offre mondiale risque d’être tout juste suffisante, ce qui ferait remonter les prix.

Egalement lundi, le service de messagerie interbancaire Swift, basé en Europe, a fait savoir qu’il se pliera aux injonctions américaines, en suspendant ” certaines banques iraniennes “– ce qui les coupe de fait des circuits financiers internationaux. Cette décision était attendue : les Européens misent sur le maintien d’au moins une banque iranienne dans ce réseau ” pour des transferts non concernés par les sanctions “, notait le sénateur français Philippe Bonnecarrère, auteur d’un rapport sur le sujet, et qui a effectué une visite à Téhéran à la fin octobre.

Transactions humanitaires

Le département d’Etat a bien souligné, lundi, que les ” transactions humanitaires “ ne seront pas bloquées. Il affirme que les sanctions sont conçues pour épargner la population iranienne. Pourtant, la Maison Blanche n’en fait pas mystère : ces sanctions visent bien à affaiblir massivement une économie iranienne malade de longue date.

L’administration espère que cette dégradation endiguera son influence au Moyen-Orient, et qu’elle relancera des mouvements de protestation contre l’Etat, avec certainement l’espoir d’une instabilité qui déboucherait sur un changement de régime.

” Avec la Corée du Nord, Washington cherche à négocier un accord. Mais il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas le cas avec l’Iran, qui est un sujet de politique intérieure quasiment irrationnel aux Etats-Unis “, note un diplomate européen. Le président iranien, Hassan Rohani, a réagi en promettant dans un discours télévisé, lundi, de ” contourner avec fierté “ces sanctions qualifiées d’” illégales et injustes “.

Après un été agité de débats discrets, toutes les tendances de l’appareil politique iranien paraissent désormais convaincues que Washington ne souhaite pas véritablement renégocier un accord sur son programme nucléaire, ni engager des pourparlers sur son programme de missiles et sur son influence régionale. Donald Trump ne se prive pas d’assurer que cette influence est déjà en recul, même si rien ne vient appuyer cette affirmation.

Téhéran se résigne donc à laisser passer la tempête. Il se réjouit de voir Washington s’enferrer dans une logique unilatéraliste. Cette dernière est contestée par les autres signataires de l’accord nucléaire conclu en  2015, au risque d’affaiblir à long terme l’arsenal de sanctions internationales patiemment mis en place pour forcer Téhéran à accepter les négociations qui avaient débouché sur un compromis. L’expérience avait alors montré qu’un tel -arsenal ne pouvait être efficace qu’en étroite collaboration avec les partenaires européens et asiatiques des Etats-Unis.

Source : Le Monde

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