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Les compagnies américaines affichent des profits records

L’internationale

Les compagnies américaines affichent des profits records

Dion Weisler n’est pas peu fier. Hewlett-Packard, une des principales compagnies américaines a encore bouclé « un solide trimestre » pour clore en beauté « une année exceptionnelle », a déclaré jeudi 29 novembre l’Australien qui dirige le numéro deux mondial des ordinateurs. Dans un secteur du matériel informatique où la compétition lamine les marges, le fabricant de Palo Alto, en Californie, a plus que doublé son résultat net trimestriel en un an. Même en retranchant les éléments exceptionnels, les profits ont augmenté de 15 %. Et le groupe a dégagé assez de trésorerie pour choyer ses actionnaires, en leur transférant 3,5 milliards de dollars en un an…

« Solide trimestre », « année exceptionnelle », « succès » : les mots de Dion Weisler pourraient être repris par la majeure partie des patrons de compagnies américains. Il y a quelques semaines encore, nombre d’analystes s’attendaient à ce que les grands noms de Wall Street subissent un tassement de leurs marges bénéficiaires au troisième trimestre. Raté. Maintenant que presque tous les champions de l’indice S&P 500 ont publié leurs chiffres, il faut se rendre à l’évidence : leurs profits ont non seulement poursuivi leur ascension, mais ils l’ont fait de façon très spectaculaire.

En moyenne, les bénéfices net trimestriel de ces principales compagnies américaines a bondi de 26 % d’une année sur l’autre, selon les pointages de Factset. C’est la plus forte hausse depuis l’automne 2010. Trois groupes sur quatre ont, comme HP, dégagé des profits plus élevés qu’attendu.

Apple, General Motors, Pfizer, Visa, ExxonMobil et les autres grandes compagnies américaines affichent ainsi, en moyenne, une marge nette représentant 12 % de leur chiffre d’affaires. Du jamais-vu ! Depuis la grande crise économique de 2008-2009, qui avait ramené la marge moyenne à 6 % des ventes, les ténors américains n’ont pratiquement pas cessé d’améliorer leurs comptes. Dès 2015, les marges ont retrouvé leur niveau d’avant la crise. Depuis, elles continuent à grimper, trimestre après trimestre, signant record sur record au mépris des prévisions.

Apple, un des géants de la Bourse américaine

« Cette saison des résultats s’est révélée exceptionnelle, encore plus que nous ne l’avions anticipé, reconnaissent les experts de LPL Financial, un des principaux courtiers américains. Les affirmations antérieures selon lesquelles la croissance des bénéfices avait atteint un pic étaient prématurées. »

A quoi tient cette embellie prolongée ? Le capitalisme américain bénéficie d’un alignement des astres qui demeure assez parfait. Même si le FMI a légèrement revu ses perspectives à la baisse, la croissance mondiale devrait encore atteindre 3,7 % en 2018 comme en 2019. L’économie des Etats-Unis, en hausse ininterrompue depuis neuf ans, tourne à peu près au même rythme, notamment grâce aux dépenses publiques accrues par l’administration Trump. Autant d’occasions pour les compagnies américaines d’écouler davantage de logiciels, de voitures, de plastique, de prêts, etc. En rythme annuel, leur chiffre d’affaires s’est accru de 9 % au troisième trimestre, la hausse la plus vigoureuse depuis sept ans.

Dans le même temps, l’argent reste peu cher, et l’or noir se négocie à un niveau suffisant pour assurer les bénéfices des compagnies pétrolières sans bloquer l’économie. Last but not least, HP, Amazon, Kellogg’s et les autres bénéficient toujours de la forte baisse de l’impôt sur les sociétés, ramené de 35 % à 21 % par Donald Trump en fin d’année 2017.

Croissance des ventes, compression permanente des coûts, taxes réduites : les compagnies américaines se retrouvent à présent avec des marges stratosphériques, bien supérieures à celles de leurs rivaux européens ou asiatiques. Quand la marge nette moyenne atteint 12 % pour les groupes du S&P 500, elle se limite à 8 % pour les leaders européens du Stoxx 600, et à 6 % pour les japonais. « En Europe, où certains grands secteurs sortent à peine du mouvement de restructuration et d’assainissement entamé après la crise, les marges n’ont toujours pas rattrapé leur niveau de 2008 », constate Charles de Boissezon, qui scrute les profits des entreprises pour la Société générale.

Avec des bénéfices aussi consistants, pas étonnant que les 500 premiers groupes de Wall Street pèsent de plus en plus lourd dans la capitalisation boursière mondiale. Avant la crise de 2008-2009, leur « part de marché »dans le grand jeu du capitalisme international avait décliné en raison de l’essor de la Chine. Depuis, elle est remontée en flèche, passant de moins de 8 % à plus de 12 % !

Pas étonnant non plus que les groupes du S&P 500 multiplient les rachats d’actions et versent une pluie de dividendes. Dans une note publiée vendredi 30 novembre, Patrick Artus, l’économiste en chef de Natixis, passe en revue les diverses utilisations du surplus de bénéfices provoqué par la réforme fiscale. Sa réponse est sans appel : l’effet sur les investissements n’a été que « faible et transitoire », le rythme des acquisitions ne s’est pas accéléré, les entreprises américaines ne se sont pas désendettées, pas plus qu’elles n’ont relevé leurs salaires. En revanche, elles ont massivement transféré des fonds à leurs actionnaires, sous forme de rachats d’actions. De quoi s’interroger sur l’utilité d’une pareille réforme.

Dans l’immédiat, la question est de savoir jusqu’à quand durera ce feu d’artifice pour ces compagnies américaines. Certains analystes financiers s’attendent à ce que la fête se prolonge, et voient la marge nette des 500 leaders américains monter encore, à 12,5 % en 2019, puis 13 % en 2020. D’autres sont plus prudents. « On a touché le sommet », estime M. de Boissezon. Pour l’expert de la Société générale, les profits de ces groupes devraient stagner en 2019, et reculer de 17 % en 2020.

D’une part, les champions de la Bourse de New York ne pourront pas compter en 2019 sur une nouvelle baisse des impôts. D’autre part, plusieurs nuages commencent à prendre du relief. Les taux d’intérêts sont repartis à la hausse. Les mesures protectionnistes mises en place par M. Trump ont fait monter un peu les prix de produits importés, comme l’acier. General Motors et Whirlpool ont d’ailleurs signalé, comme d’autres, que la hausse des coûts des matières premières risquait de peser sur leurs marges. Le très faible taux de chômage américain pourrait également finir par entraîner une augmentation des salaires.

En outre, « il existe un risque sérieux de durcissement de la régulation et de hausse des impôts pour les entreprises de la tech », comme Apple, Google ou Facebook, met en garde M. de Boissezon. Ce sont elles qui ont le plus tiré les marges à la hausse depuis dix ans. Ce sont elles, peut-être, qui annonceront la fin de ce super-cycle.

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