Connect with us

Vanguard s’inquiète pour la croissance mondiale

L’internationale

Vanguard s’inquiète pour la croissance mondiale

La bonne nouvelle, à écouter Peter Westaway, économiste en chef pour l’Europe de Vanguard, est que la catastrophe économique n’est pas pour 2019. La mauvaise nouvelle est qu’elle s’approche.

« Le pessimisme ambiant augmente, et beaucoup affirment qu’une récession mondiale est inévitable l’année prochaine. Nous ne le pensons pas. Mais il est vrai que les risques augmentent. Les mesures prises pour lutter contre la crise financière de 2008 portent en germe la prochaine crise. La dette mondiale est aujourd’hui encore plus élevée qu’avant », analyse-t-il. Sur les marchés financiers, les dangers sont donc importants : « D’ici trois ans, il pourrait y avoir une très sérieuse correction. »

L’opinion de cet homme importe. Il est économiste, mais aussi directeur de la stratégie d’investissement pour l’Europe de Vanguard, la deuxième société de gestion au monde, derrière BlackRock. Avec 5 300 milliards de dollars d’encours, Vanguard est un mastodonte à la croissance fulgurante. Ses investisseurs se trouvent essentiellement aux Etats-Unis, mais Vanguard fait de l’Europe (175 milliards de dollars d’encours) une priorité de croissance.

Selon M. Westaway, après avoir atteint 3,5 % cette année, la progression du produit intérieur brut (PIB) mondial devrait ralentir à + 3 % en 2019. Cette décélération doit d’abord venir des deux premières puissances économiques mondiales, les Etats-Unis et la Chine. Selon Vanguard, ces deux pays ont désormais dépassé leur pic de croissance et entrent dans la phase mature de leur cycle économique.

« L’économie des Etats-Unis a reçu un coup de fouet avec les baisses d’impôt réalisées par Donald Trump, mais cet effet est en train de s’effacer », estime M. Westaway. Il table sur 2 % de croissance environ en 2019. Le resserrement de la politique monétaire américaine va également continuer, les taux d’intérêt augmentant à près de 3 %. Si cette normalisation, après une décennie exceptionnelle de taux d’intérêt proches de zéro, est la bienvenue, elle va renchérir le crédit et peser sur la consommation des ménages, qui montre déjà quelques signes de ralentissement.

Du côté de la Chine, M. Westaway est inquiet. « Vous ne pouvez pas suspendre les lois de la gravité pour toujours. Même notre économiste pour la Chine, d’habitude optimiste, s’inquiète désormais de l’accumulation des dettes. » L’économie chinoise, dont la croissance dépassait 10 % de 2003 à 2010, ralentit progressivement et s’approche désormais de 6 %.

Certes, Pékin fait tout pour éviter ce phénomène et multiplie les mesures de relance. « De plus, c’est une économie encore très fermée, ce qui aide. Il ne peut pas vraiment y avoir de soudaine fuite des capitaux. »

Mais aux risques internes, il faut ajouter les tensions commerciales entre les deux puissances. Si une trêve a été conclue lors du sommet du G20, début décembre, les Etats-Unis promettant de ne pas augmenter pendant trois mois les droits de douane sur les importations chinoises, la hache de guerre n’est pas enterrée. Selon M. Trump, les Chinois ont promis, en échange de son geste, d’acheter des « quantités substantielles » de biens américains dans l’agriculture, l’énergie et l’industrie, mais le détail de ces mesures n’a pas été précisé par Pékin.

Les risques de voir les relations s’envenimer une nouvelle fois sont forts, souligne aussi Vanguard. Dans le pire des scénarios, en cas de vraie guerre commerciale, l’économie américaine perdrait environ un point de croissance, selon Vanguard.

Reste enfin l’Europe, et en particulier la zone euro. « Une nouvelle crise de la dette souveraine y est possible, centrée autour de l’Italie. » L’épreuve de force entre Rome et Bruxelles (« c’est à qui cèdera le premier ») pour desserrer les règles budgétaires de l’union monétaire rend la situation hautement inflammable.

La bonne nouvelle, à écouter Peter Westaway, économiste en chef pour l’Europe de Vanguard, est que la catastrophe économique n’est pas pour 2019. La mauvaise nouvelle est qu’elle s’approche.

Un autre risque pour la zone euro vient de son aspect politique, ajoute l’analyste de Vanguard. Initialement, pendant la crise grecque, beaucoup d’analystes anglo-saxons avaient sous-estimé la volonté politique de maintenir la monnaie unique. Mais le danger est désormais inversé, avec des populations qui pourraient s’élever contre l’euro, par exemple à l’occasion d’un référendum.

A lire aussi : L’OCDE prévoit un ralentissement de la croissance mondiale en 2019

Pour le Royaume-Uni, empêtré dans le Brexit, M. Westaway n’est pas trop alarmiste. Il estime que le risque d’une sortie de l’Union européenne sans accord, dont les effets économiques seraient catastrophiques, s’élève à 10 %. « Mais cela ne suffirait pas à déclencher une récession mondiale. » La crise resterait localisée.

Pour les marchés, l’accumulation de ces risques signifie que les rendements, dans les années à venir, seront médiocres. « Pour les actions, on table sur 3 % à 5 % par an, et, pour les obligations, entre 1 % et 2 %. C’est très nettement au-dessous de la tendance historique. »

La principale cause sous-jacente est le retrait progressif des banques centrales. Après une intervention historique depuis 2008, la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et la Banque d’Angleterre resserrent leur politique monétaire en même temps. Les énormes quantités de liquidités injectées dans le système refluent, même si les grands argentiers procèdent de façon très prudente. « Voici venu le moment de payer l’addition », souligne aussi l’économiste en chef pour l’Europe de Vanguard .

Source : Le Monde

To Top