Connect with us

La BCE va arrêter son programme de soutien à l’économie

Le siège de la BCE

l'eco

La BCE va arrêter son programme de soutien à l’économie

Jeudi 13 décembre, la BCE (Banque Centrale Européenne
) devrait confirmer la fin de son programme de rachats nets de dettes (le quantitative
easing
 en anglais, ou QE) à la fin du mois de décembre. « C’est
un tournant historique, auquel la BCE prépare les marchés depuis juin »,
 commente
Carsten Brzeski, économiste chez ING.

Innovation monétaire brillante pour ses tenants,
arme aux effets secondaires risqués selon ses contempteurs, le QE a démarré en
mars 2015. Sortie de la crise des dettes souveraines, la zone euro était
alors en lutte avec des forces déflationnistes menaçant sa stabilité : les
prix stagnaient, laissant craindre une spirale négative susceptible de freiner
une véritable reprise des salaires et de l’activité. La BCE avait déjà utilisé
bon nombre de ses cartouches pendant la récession, en particulier celle des
taux directeurs, déjà au plus bas. Elle se décida donc à déployer un nouvel
outil pour agir sur l’économie, déjà testé aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au
Japon : le QE.

Son principe est le suivant : le rachat des
dettes publiques et privées (dès juin 2016 pour les secondes) fait
mécaniquement chuter les taux d’intérêt auxquels empruntent des Etats et des
entreprises concernés. Par contagion, cette baisse se propage à l’ensemble de
l’économie, permettant aux ménages et aux PME d’emprunter moins cher. Un coup
de pouce visant à doper le crédit, la consommation et l’investissement – et par
ricochet, à soutenir les prix et la croissance.

A lire aussiBanque Centrale Européenne: Andrea Enria prend les rênes

D’abord à hauteur de 60 puis 80 milliards
d’euros mensuels, les rachats d’obligations ont progressivement baissé jusqu’à
15 milliards d’euros mensuels, avant de s’éteindre, sauf surprise de
dernière minute, à la fin de cette année. Au total, la BCE aura donc racheté
pour près de 2 600 milliards d’euros de dettes – un montant inédit,
équivalent à 20 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro.

Dès janvier, la BCE cessera de prendre de nouveaux
titres. Elle continuera néanmoins de racheter ceux arrivant à échéance, si bien
que le stock de dettes qu’elle détient dans son bilan (celui-ci culmine à
4 660 milliards d’euros) ne diminuera pas tout de suite. Ce qui lui
permettra, de fait, de continuer à soutenir l’économie.

En attendant, les économistes dressent un premier
bilan du QE. Celui-ci a emmené la BCE sur des territoires inconnus, donnant des
sueurs froides aux tenants de l’orthodoxie monétaire. « Il est
très difficile de mesurer quelle a été son incidence précise, car personne ne
sait comment l’économie aurait évolué sans lui »
, note Anatoli
Annenkov, à la Société générale CIB.

La plupart des observateurs estiment néanmoins que
les rachats de dettes ont bénéficié à la zone euro. « C’est un
succès, même s’ils ont eu quelques effets collatéraux
, juge ainsi Dirk Schumacher,
de Natixis. En baissant les coûts d’emprunt, il a offert des marges de
manœuvre budgétaire aux Etats les plus fragiles et y a contribué au retour de
la croissance. »

Selon l’agence de notation Moody’s, la QE a fait
baisser de 50 à 150 points de base les taux souverains à dix ans, profitant en
particulier à l’Irlande et au Portugal – mais pas seulement. Dans ces pays, la
baisse des taux a également bénéficié aux ménages et PME, qui ont pu se
financer plus facilement, après des années d’austérité.

Mario Draghi, le directeur de la BCE

Selon les estimations de la BCE, le programme a
contribué à la croissance de l’union monétaire à hauteur de 1,9 point de
pourcentage sur la période 2016-2020, soit 0,4 point par an en moyenne, et à
1,9 point pour l’inflation. En outre, 9,2 millions d’emplois ont été créés
dans la zone euro depuis 2013, souligne l’institution. En augmentant la
quantité de monnaie en circulation, les rachats de dettes ont également
contribué à tirer l’euro à la baisse face au dollar, soutenant ainsi les
exportateurs européens.

« Peut-être, mais le QE est arrivé trop tard, estime M. Annenkov,
rappelant que la Réserve fédérale (Fed) avait commencé le sien en 2008, et
suspendu ses rachats nets fin 2014. Lorsqu’il a démarré, en 2015,
l’économie européenne était déjà en rémission et son rebond en 2017, a
moins tenu à l’action de la BCE qu’au redémarrage du commerce
international. » 
Ceux qui, comme lui, se montrent plutôt
critiques, soulignent que le QE n’a pas eu que du bon.

« Le programme a peu à peu transformé la
banque centrale en créditeur des gouvernements 
», déplore ainsi Clemens
Fuest, président de l’institut de conjoncture munichois Ifo. Beaucoup, en
Allemagne, jugent qu’il a incité certains gouvernements à relâcher les efforts
d’assainissement de leurs finances publiques. « En maintenant des taux
bas trop longtemps, les banques centrales ont encouragé le gonflement de
l’endettement et la formation de bulles spéculatives »
, ajoute Eric
Bourguignon, chez Swiss Life AM.

Source : Le Monde

To Top