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Les Bourses de plus en plus nerveuses

L’internationale

Les Bourses de plus en plus nerveuses

Pas de trêve sur les marchés. Après une année 2017 excellente, la plupart des Bourses occidentales ont enregistré, en 2018, leur pire performance depuis dix ans. Et les derniers jours ont été particulièrement agités.

Lundi 24 décembre, l’indice vedette de New York, le Dow Jones Industrial Average, a perdu 2,91 %, tandis que le Nasdaq a lâché 2,21 %. Un plongeon accentué par le faible volume des échanges à la veille de Noël.

La semaine dernière, Wall Street avait connu sa pire performance depuis la crise nancière, ces deux indices plongeant respectivement de 8,36 % et 6,87 % entre le 17 et le 21 décembre. Mardi 25 décembre, la Bourse de Tokyo a lâché plus de 5 %, tombant à un plus bas depuis vingt mois, avant de se ressaisir légèrement mercredi 26. A Paris, le CAC 40 a perdu 1,45 % le 24 décembre. Sur l’ensemble de l’année, il aura reculé de plus de 10 %.

Cette nervosité des Bourses signe probablement la fin de la lune de miel entre les marchés et le président républicain, Donald Trump, qui, jusqu’à il y a peu, s’attribuait l’insolente santé de la Bourse new-yorkaise. Il faut dire que son élection, en novembre 2016, avait déclenché une vague d’euphorie chez les investisseurs américains. Ceux-ci se délectaient en particulier de deux de ses promesses : baisses d’impôts massives (1 500 milliards de dollars, soit 1 300 milliards d’euros) et dérégulation financière. Mais le réveil est brutal. Depuis cet été, la hausse des taux, les tensions commerciales avec la Chine, le ralentissement économique et, désormais, la politique chaotique de Trump, les préoccupent.

Inquiétudes

Ces derniers jours, les inquiétudes ont monté d’un cran avec le shutdown, la paralysie partielle de l’Etat fédéral. Depuis vendredi 21 décembre, les discussions budgétaires sont au point mort, en raison du mur que Donald Trump a promis de construire entre les Etats-Unis et le Mexique pour stopper les migrants. Il réclame 5 milliards de dollars pour le financer. Les démocrates refusent. Tant qu’ils ne trouveront pas d’accord – ce qui pourrait prendre plusieurs jours –, le fonctionnement d’un quart de l’administration fédérale est suspendu. En attendant, près de 800 0000 agents publics ne sont pas rémunérés. « Je peux vous dire cela ne rouvrira pas, tant que nous n’aurons pas un mur, a déclaré Trump, le jour de Noël, dans une vidéoconférence avec des soldats américains stationnés à l’étranger. Une barrière pour empêcher les gens et la drogue de se déverser dans notre pays. »

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Seconde source de nervosité : les attaques verbales à rpétition du président à la mèche blonde contre la Réserve fédérale. « Le seul problème de notre économie, c’est la Fed », a-t-il tweeté lundi, accusant ses membres de ne pas « sentir le marché » et d’alimenter l’anxiété des investisseurs. « Ils augmentent les taux d’intérêt trop rapidement, c’est mon opinion », a-t-il ajouté, mardi, tout en nuançant quelque peu ses propos. Mercredi 19 décembre, la Fed a relevé ses taux directeurs d’un quart de point – ils évoluent désormais entre 2,25 % et 2,50 %. Face au plein-emploi, l’institution juge nécessaire de resserrer sa politique an d’éviter une surchauffe des prix et d’empêcher la formation de bulles. Elle cherche, en outre, à se reconstituer des marges de manœuvre avant la prochaine récession.

Après une année 2017 excellente, la plupart des Bourses occidentales ont enregistré, en 2018, leur pire performance depuis dix ans. Et les derniers jours ont été particulièrement agités.

Mais, pour les Bourses, la hausse des taux signifie que le robinet à argent facile se tarit, ce qui ne leur plaît guère. Voilà pourquoi Donald Trump critique régulièrement l’institution. Ce qui ne manque pas d’ironie, lorsque l’on sait qu’avant son élection il vilipendait à l’inverse le « laxisme » de la banque centrale, jugeant que ses taux étaient trop bas… Pour ne rien arranger, d’étranges rumeurs courent depuis plusieurs jours. Selon diverses sources, le président aurait envisagé de limoger Jerome Powell, le patron de la Fed, qu’il a lui-même nommé en 2017. Un acte inédit, susceptible de porter gravement atteinte à l’indépendance et à la crédibilité de l’institut monétaire.

Samedi 22 décembre, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, s’est empressé de démentir l’information. Puis il s’est démené pour ramener le calme pour les Bourses. Las, loin d’y parvenir, il a au contraire jeté de l’huile sur le feu. Dimanche, il a ainsi dévoilé avoir parlé avec les patrons des six principales banques des Etats-Unis, an de vérifier qu’elles disposaient « d’amples liquidités pour les prêts aux consommateurs, les opérations de marché et toutes les autres opérations ».

Transparence

Le lendemain, il a révélé, sur son compte twitter, s’être entretenu avec un groupe de travail réunissant les responsables de la Fed et divers régulateurs financiers, an de s’assurer que les marchés fonctionnaient normalement en dépit du shutdown. Espérait-il rassurer les investisseurs en jouant la transparence ? A-t-il fait preuve de maladresse ? Quoi qu’il en soit, cette annonce a inquiété les Bourses un peu plus encore. Car ce groupe de travail, créé après le krach boursier de 1987, se réunit en général lors des crises sérieuses.

Au reste, les doutes s’accumulent sur la solidité de la croissance mondiale – et pas seulement en raison des tensions commerciales entre Pékin et Washington. Le ralentissement de l’activité est consommé en Europe, où le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,2 % seulement, au troisième trimestre. Les économistes s’interrogent également sur la conjoncture américaine pour les mois à venir. A première vue, les chiffres sont excellents : le taux de chômage (3,7 %) est au plus bas depuis cinquante ans, et le PIB a augmenté de 3,4 % au troisième trimestre. Cela va-t-il durer ? Peut-être pas. L’effet dopant des baisses massives d’impôts devrait se tarir. Si celles-là n’ont pas permis de regonfler durablement l’investissement et la productivité, l’activité pourrait ralentir ces prochains mois. D’autant que les Etats-Unis sont sur le point d’entrer dans leur neuvième année de croissance d’affilée : rarement un cycle économique aura été aussi long outre-Atlantique. Et, quoi que fasse Donald Trump, Il ne devrait pas tarder à toucher à sa fin.

Source : Le Monde

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