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L’euro célèbre ses 20 ans d’existence

L’internationale

L’euro célèbre ses 20 ans d’existence

Le 1er janvier 1999, après des années de préparation, onze pays (ils sont aujourd’hui dix-neuf) ont adopté l’euro pour les transactions financières. En 2002, les ménages ont sauté le pas à leur tour, avec les pièces et billets.

Deux décennies plus tard, comment va la monnaie unique ? Le bilan est délicat. Impossible, même, tant le sujet divise les économistes. « C’est une grande réussite », assure Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), qui a été l’un de ses artisans. « Adopter l’euro au sein d’économies aussi différentes a été une erreur », tranche Romain Rancière, économiste à l’université de Californie du Sud. « Disons que c’est un succès en demi-teinte, il n’a pas tenu toutes ses promesses », nuance Francesco Saraceno, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Pas étonnant que les diagnostics divergent autant. Bien souvent, les apports de l’euro sont minimisés. Plus souvent encore, la monnaie unique fait office de bouc émissaire. Notamment en France et en Italie, où on la rend responsable de difficultés relevant, en vérité, des errements des gouvernements successifs ou des faiblesses anciennes du tissu industriel. De plus, la crise de 2008 a brouillé les cartes. Alors, par où commencer ?

Par le positif. Les derniers sondages de la Commission montrent que la majorité des 340 millions de citoyens des dix-neuf Etats membres sont très attachés à l’euro – et n’ont aucune envie d’en sortir. Celui-ci a contribué à la prospérité de la zone en mettant fin à la guerre des monnaies entre les pays et en éteignant l’inflation liée à l’abus des dévaluations compétitives, ravageuses pour le pouvoir d’achat. En outre, la disparition des frais de change a favorisé les échanges. « Surtout : l’euro a survécu à la crise de 2008, la plus grave depuis les années 1930 », observe Philippe Martin, président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE) et professeur à Sciences Po. En vingt ans, il est devenu la deuxième devise sur la scène internationale, solidement installée derrière le dollar.

Le 1er janvier 1999, après des années de préparation, onze pays (ils sont aujourd’hui dix-neuf) ont adopté l’euro pour les transactions financières. En 2002, les ménages ont sauté le pas à leur tour, avec les pièces et billets.

Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne

Et pourtant. En dépit de ces réussites, la monnaie européenne a échoué sur un point : faire converger les économies des Etats membres en profondeur. « Alors qu’avant la crise, les produits intérieurs bruts [PIB] par tête allemand, français et italien étaient proches, celui de l’Allemagne est désormais 15 % plus élevé que celui de la France et 30 % plus fort que celui de l’Italie », explique Florence Pisani, économiste chez la société de gestion d’actifs Candriam. Les écarts sont tout aussi grands si l’on se penche sur les taux d’emploi.

Cela tient en partie aux séquelles de la crise, mais pas seulement. « L’erreur initiale était de croire que des règles budgétaires communes, limitant le déficit public à 3 % du PIB, suffiraient à rapprocher les économies », résume Henri Sterdyniak, cofondateur des Economistes atterrés, un collectif s’affichant comme opposé à l’orthodoxie néolibérale. En se concentrant uniquement sur les finances publiques, la zone euro a trop longtemps ignoré les autres déséquilibres se creusant entre les Etats, tout aussi graves. A l’exemple de la bulle immobilière apparue en Espagne avant 2008. Ou du colossal excédent commercial allemand, dommageable pour les autres membres, car construit à leurs dépens.

Il faut dire que l’architecture originelle de l’Union monétaire était incomplète. Face à l’euro, ses membres ont construit la BCE, mais ils n’ont pas instauré de pouvoir politique unique, ni de budget. Cette carence a eu des conséquences douloureuses pendant la récession. « Lorsqu’elle a frappé, les Etats n’ont pas pu ajuster leur compétitivité en dévaluant leur monnaie, comme autrefois, explique Charles Wyplosz, de l’Institut de hautes études internationales de Genève. Ils ont dû le faire par la baisse des salaires et par l’austérité, bien plus coûteuses socialement. »

En particulier, en Espagne, au Portugal et en Grèce. Mais ces ajustements auraient été moins douloureux si des mécanismes propres à la zone euro avaient permis de soutenir ces pays pendant la période difficile – une enveloppe financière pour limiter la pauvreté, par exemple. Faute d’en disposer, les chefs d’Etat ont dû bricoler des plans d’aide en catastrophe quand, en 2010, Athènes s’est enfoncée dans la crise.

Aucun pare-feu non plus n’existait pour éviter la spéculation sur les dettes publiques. Lorsque celle-ci s’est déchaînée, en 2011, la BCE a mis de côté sa mission traditionnelle – veiller à la stabilité des prix – pour intervenir. Dans la foulée, elle s’est mise à racheter des titres d’Etat pour faire baisser les taux d’emprunt et soutenir la croissance.

Après 2012, soucieux de combler ces faiblesses, les gouvernements se sont retroussé les manches. Ils ont solidifié l’architecture de la zone euro en renforçant la surveillance des banques et en instaurant le Mécanisme européen de stabilité (MES), pour contrer la spéculation. Ils ont mis en place des procédures pour que les économies convergent plus. Aujourd’hui, l’union monétaire est plus forte qu’en 2008. « Mais il lui manque toujours un véritable budget pour absorber les chocs dans les Etats les plus fragiles », regrette Patrick Artus, économiste chez Natixis.

A défaut, les Etats pourraient créer un embryon d’assurance-chômage commune, suggèrent certains économistes, ou assouplir les règles budgétaires en période de crise. Mais les Etats du Nord ne veulent pas en entendre parler. Certains redoutent que cela ouvre la porte à de dangereuses dérives des finances publiques, en partie à juste titre. D’autres se méfient des gouvernements du Sud. « La confiance réciproque est précisément ce qui manque le plus, aujourd’hui, à la zone euro », regrette Patrick Artus. Or, sans cela, les capitales n’iront pas au bout des réformes indispensables pour éviter la prochaine crise.

Source : Le Monde

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