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Le casse-tête des banques centrales face au ralentissement de la croissance

La réserve fédérale américaine

L’internationale

Le casse-tête des banques centrales face au ralentissement de la croissance

Les banques centrales vont-elles renfiler leur costume de super-héros pour voler, une fois encore, au secours de la croissance ? Depuis que l’économie mondiale donne des signes de faiblesse, tous les regards se tournent à nouveau vers elles, comme au cœur de la crise de 2008, lorsqu’elles ont dégainé des armes monétaires inédites pour soutenir l’activité.

Vendredi 15 mars, la Banque du Japon a reconnu que les exportations japonaises sont nettement pénalisées par le ralentissement mondial et a reconduit son programme massif de rachat de dettes, à hauteur de 80 000 milliards de yens par an (633 milliards d’euros). La Réserve fédérale, qui se réunit mardi 19 et mercredi 20 mars, avait ouvert le bal en janvier : face aux doutes planant sur l’économie mondiale – Brexit, tensions commerciales, ralentissement chinois –, elle a choisi de marquer une pause dans la remontée de ses taux directeurs, entamée fin 2015 (ils évoluent aujourd’hui entre 2,25 % et 2,50 %).

Dans la foulée, la plupart des instituts monétaires des pays industrialisés, du Canada à l’Australie en passant par l’Europe, ont envoyé le même signal. « Ils ont suspendu le retour à la normale de leur politique monétaire, afin de contrer le ralentissement de l’économie », résume Carsten Brzeski, spécialiste du sujet chez ING. La Banque centrale européenne (BCE) est même allée plus loin : jeudi 7 mars, elle a annoncé une nouvelle salve de prêts géants aux banques, tout en repoussant à 2020 la remontée de ses taux. Et pour cause : la croissance de la zone euro ne devrait pas dépasser 1,1 % cette année, loin des 2,5 % enregistrés en 2017. « Nous sommes dans une période de faiblesse persistante et d’incertitude généralisée », a concédé Mario Draghi, le président de l’institut situé à Francfort, pendant sa conférence de presse.

C’est dire si les banques centrales se retrouvent dans une situation délicate. Il y a quelques mois encore, elles espéraient profiter du retour de la croissance pour remballer, enfin, la panoplie d’outils exceptionnels qu’elles avaient déployée pendant la crise : taux bas, achats de dettes souveraines, injections de liquidités… Mais, face au ralentissement marqué de ce début d’année, elles se voient contraintes de les maintenir. Est-ce à dire qu’elles paniquent ? Pas encore. « Elles ont réagi au léger coup de mou de l’activité et de l’inflation, et cela devrait suffire : elles n’auront pas besoin d’en faire plus », estime M. Brzeski. « Ce ralentissement conjoncturel est sans commune mesure avec la crise financière de 2008 », rassure Louis Harreau, stratégiste au Crédit agricole CIB. Si tout va bien, la croissance pourrait même se redresser un peu sur la deuxième partie de l’année.

Scénario optimiste

Voilà pour le scénario optimiste. Mais si l’accumulation des incertitudes dégénérait en récession, comme le redoutent les tenants du scénario noir ? Et si la prochaine crise financière frappait plus tôt que prévu ? La Fed pourrait toujours rebaisser un peu ses taux. « La BCE, elle, aurait des marges de manœuvre plus limitée », ajoute M. Harreau. Son taux directeur est à 0 % depuis mars 2016. En outre, son taux de dépôt est déjà négatif (− 0,4 %) –une mesure revenant à taxer les banques sur les liquidités excédentaires qu’elles laissent dans ses coffres, afin de les inciter à prêter plus aux ménages et aux entreprises. Le baisser plus encore pourrait se révéler contre-productif, en fragilisant le secteur bancaire.

Restent les rachats de dettes publiques et privées (le « quantitative easing » en anglais, ou QE). En janvier, la BCE a suspendu ce programme, jugeant qu’il n’était plus nécessaire, tout en conservant les titres déjà achetés dans son bilan. En théorie, elle pourrait le réactiver un peu. Cela éviterait la remontée des taux d’emprunt souverains. Mais les effets dopants sur l’activité seraient limités, jugent les économistes. « Les banques centrales sont arrivées au bout de leurs possibilités, résume Gregory Daco, chez Oxford Economics. En cas de nouvelle crise majeure, elles ne pourront pas, cette fois, voler massivement à notre secours. »

Dans ce débat, on en oublierait presque que les politiques économiques ne se résument pas au volet monétaire. Les politiques budgétaires sont tout aussi essentielles pour soutenir l’économie en cas de récession, par la hausse des dépenses publiques ou la baisse des impôts. Seulement voilà : la dette des Etats a explosé depuis la dernière crise. Si l’on ajoute celle du secteur privé, la dette mondiale totale est passée de 208 % à 230 % du produit intérieur brut (PIB) depuis 2008, selon Standard & Poor’s. Les gouvernements ont donc des moyens d’action plus limités eux aussi.

Malgré tout, les taux bas rendent les niveaux élevés de dettes bien plus soutenables qu’autrefois, comme le rappellent les travaux récents d’Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI) aujourd’hui au Peterson Institute. Or, les taux bas sont là pour durer. Dans ces conditions, les gouvernements ont plus de marge de manœuvre qu’ils le disent.

Au reste, la plupart des institutions internationales, telles que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les appellent aujourd’hui à faire leur part du travail pour soutenir l’activité. En particulier en s’attaquant aux fragilités structurelles menaçant la croissance de long terme, telles que la montée des inégalités, la précarisation de l’emploi, la faiblesse de la productivité ou encore, le changement climatique.

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