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76 ans après Bretton Woods, le dollar reste la devise reine

L’internationale

76 ans après Bretton Woods, le dollar reste la devise reine

Signés le 22 juillet 1944, les accords de Bretton Woods placèrent la monnaie américaine au centre du système monétaire international. La montée en puissance économique de la Chine devrait toutefois entraîner, à terme, l’affaiblissement du billet vert.

C’est l’un de ces mythes dont foisonne l’histoire économique. Celui de ces vingt et un jours de 1944 durant lesquels les représentants des grandes nations, réunis dans un hôtel du New Hampshire (nord-est des Etats-Unis), esquissèrent ensemble la nouvelle architecture du système monétaire international. Le 22 juillet 1944, peu après le débarquement de Normandie, ils signèrent les célèbres accords de Bretton Woods, qui fêteront leurs soixante-quinze ans ce lundi. Dès lors, toutes les monnaies furent arrimées au dollar, seule devise encore convertible en or. Dans la foulée, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, respectivement chargés d’assurer la stabilité financière et d’aider à reconstruire l’Europe, furent créés.

En vérité, les discussions entre Alliés sur le nouvel ordre monétaire avaient débuté bien avant la conférence de Bretton Woods. Surtout, elles furent bien plus conflictuelles que ne le rapporte la légende, notamment entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Reste que sept décennies après la signature des accords qui instaurèrent son règne, le billet vert est toujours la monnaie dominant le système international.

De fait, l’essentiel des échanges commerciaux et des ventes de matières premières sont libellés dans la devise américaine. En outre, celle-ci pèse 61,7 % des réserves de change des banques centrales de la planète (détenues sous forme de titres de dettes publiques), devant l’euro (20,7 %), le yen (5,2 %), la livre sterling (4,43 %) et le yuan (1,89 %).

Pourtant, le système monétaire aujourd’hui en vigueur n’a plus grand-chose à voir avec celui défini dans le New Hampshire. Les accords de Bretton Woods ont en effet explosé en 1971 lorsque les Etats-Unis de Nixon, imprimant des dollars à tout-va pour financer la guerre du Vietnam, abandonnèrent la convertibilité or. Deux ans plus tard, le système de taux de change flottant fut instauré. Depuis, le cours de la plupart des devises fluctue librement, en fonction de l’offre et de la demande. Sans que cela ébranle l’hégémonie du billet vert…

Il faut dire que cette dernière est, avant toute chose, le reflet du poids des Etats-Unis, première puissance économique et militaire mondiale. Washington ne se prive d’ailleurs pas d’en abuser pour, par exemple, menacer de sanction les entreprises françaises commerçant (en dollars, donc) avec l’Iran. Au grand dam des Européens qui, en réponse, tentent de développer l’usage à l’international de l’euro depuis quelques années. Tout comme la Chine qui, dans le même but, a lancé ses propres contrats pétroliers à terme libellés en yuans.

A plus longue échéance, la tendance est inéluctable : la montée en puissance économique de l’empire du Milieu poussera à l’affaiblissement progressif de la devise américaine. D’autant que l’emballement de la dette des Etats-Unis, notamment sous l’effet d’une politique budgétaire expansive de Donald Trump, pourrait peu à peu miner la confiance dans le dollar. « Mais nous en sommes encore très loin, souligne Patrick Artus, de Natixis. Notamment parce que, pour le moment, aucune des autres devises n’offre une alternative suffisamment crédible au billet vert. »

Piloté de près par Pékin, le yuan n’est pas convertible librement, ce qui limite son usage pour les échanges commerciaux hors de Chine. « L’euro, lui, pourra difficilement constituer une monnaie de réserve aussi importante que le dollar tant qu’il n’existera pas, en Europe, un grand actif financier sûr qui pourrait concurrencer les bons du Trésor américain », ajoute Gregory Claeys, du centre de réflexion Bruegel. A savoir, des titres de dette de la zone euro émis par un Trésor commun, et susceptibles d’incarner une valeur refuge aux yeux des grandes banques centrales. « Sachant que la France et l’Allemagne peinent à s’entendre sur la création d’un microbudget commun, ce n’est pas près d’arriver », observe une source européenne.

Est-ce à dire que l’héritage de Bretton Woods a encore de beaux jours devant lui ? Pas sûr, car il est actuellement menacé par l’attitude même des Etats-Unis. La politique extérieure agressive de Donald Trump est en effet en passe de saper le dialogue multilatéral instauré à l’après-guerre par les grandes nations. De surcroît, les institutions nées dans le sillage de Bretton Woods, le FMI et la Banque mondiale, peinent à se moderniser. Encore dominées par l’influence européenne et surtout américaine, elles n’ont jusqu’ici pas su se réformer pour accorder plus de poids aux pays émergents. « Si rien ne change, ceux-ci créeront de nouvelles institutions fortes de leur côté, et nous nous en mordrons les doigts », conclut notre source.

Source : Le Monde

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