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La guerre des monnaies, riposte de la Chine à Trump

L’internationale

La guerre des monnaies, riposte de la Chine à Trump

Cette fois-ci, l’affaire semble sérieuse. C’est en tout cas l’avis de Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton : « Nous pourrions bien être au moment financier le plus dangereux depuis la crise [de 2008] avec les développements actuels entre la Chine et les Etats-Unis », a mis en garde sur Twitter l’ex-patron de l’université Harvard. En cause, la guerre commerciale entre Pékin et les Etats-Unis qui a tourné, lundi 5 août, à la guerre monétaire.

Alors que Donald Trump avait décidé, le vendredi précédent, de taxer à hauteur de 10 % supplémentaires 300 milliards de dollars (environ 269 milliards d’euros) d’importations chinoises à partir du 1er septembre, Pékin a riposté. Non pas en taxant les importations américaines – la Chine n’achète pas assez de « made in America » pour agir de la sorte –, mais en suspendant l’achat de produits agricoles américains et, surtout, en dévaluant de 1,9 % le cours du renminbi (RMB), son plus gros recul depuis août 2015. Inversement, le dollar a franchi le seuil symbolique de 7 RMB, pour atteindre 7,1087 sur le marché hongkongais.

Furieux, Donald Trump a reproché à Pékin d’user de la dévaluation comme arme commerciale, tandis que, dans la soirée, le Trésor américain a officiellement déclaré que « la Chine [était] une manipulatrice de devises »« Ces derniers jours, elle a pris des mesures ­concrètes pour dévaluer sa devise », a accusé Washington, pour qui elle cherche, ce faisant, à « s’octroyer un avantage compétitif indu dans le commerce international ».

Effectivement, la meilleure manière de contrer les droits de douane américains est de baisser le prix de ses produits en dévaluant, même si le gouverneur de la Banque de Chine, Yi Gang, assurait lundi, dans un communiqué, que les fluctuations de sa devise étaient « guidées et déterminées par les marchés ».

L’administration américaine estime que le pouvoir de Pékin a une longue expérience en la matière, et qu’il agit en violation des engagements du G20 de ne pas pratiquer de dévaluation compétitive. La dernière fois que la Chine avait utilisé cette arme, cela avait provoqué une défiance des investisseurs. Les analystes jugent que le pays n’aura pas à subir une telle bronca cette fois-ci, notamment en raison du contrôle des changes qu’elle a instauré afin d’éviter les fuites de capitaux. Le communiqué du Trésor américain a été publié après la clôture des marchés financiers, à l’issue d’une journée noire, la pire de 2019. L’indice Dow Jones a cédé 2,90 %, le Standard & Poors 500 2,98 % et l’indice Nasdaq, riche en technologies, 3,47 %.

L’affaire ruine tout espoir de progrès rapide dans les tractations commerciales bilatérales. Les marchés financiers avaient espéré une relance lors de la rencontre entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping, en marge du G20 d’Osaka (Japon), fin juin, mais la reprise des négociations à Pékin, en août, en présence de Steven Mnuchin et Robert Lighthizer, le représentant américain au commerce, n’a rien donné, torpillée par M. Trump avant même d’avoir commencé.

Cette situation pèse sur l’économie mondiale, alors que la Chine connaît déjà de profondes difficultés économiques. Elle fait tanguer les marchés financiers, boursiers et monétaires et représente un casse-tête pour les banques centrales. Dans son Tweet dénonçant la « manipulation de change » chinoise, le locataire de la Maison Blanche a, une nouvelle fois, pris à partie la Banque centrale américaine (« Vous écoutez, la Réserve fédérale ? »).

En théorie, la Fed n’a rien à écouter : la gestion du change n’est pas de son ressort, mais de celui du Trésor américain – en Europe, l’affaire n’est pas claire et, faute d’accord entre les ministres des finances de la zone euro, c’est la BCE qui gère l’absence de politique de change.

Il n’empêche, la Fed est prise au piège. Fin juillet, elle a baissé ses taux à court terme d’un quart de point (ils sont compris entre 2 et 2,25 %), pour la première fois en dix ans, par crainte du ralentissement mondial et de la guerre commerciale, sans que l’on voie en quoi cette action pourrait pallier les conflits commerciaux engagés par M. Trump et qui paralysent les investisseurs industriels.

Au contraire, elle a donné le sentiment de capituler face au président, qui exige des taux et un dollar plus bas pour soutenir l’économie jusqu’à la présidentielle de 2020. L’institution présidée par Jerome Powell a pris plusieurs risques. Le premier est d’entrer dans une course à l’échalote avec la BCE qui, elle aussi, va baisser ses taux et soutenir l’économie. Résultat provisoire : match nul, la parité euro-dollar étant stable autour de 1,12 dollar pour un euro. Le deuxième, avéré, est l’entrée dans une nouvelle spirale à la baisse des taux de marché.

Le choix de la Fed était censé faire remonter l’inflation ainsi que les anticipations d’inflation, et, partant, les taux longs. Mais rien n’a fonctionné comme prévu. Les opérateurs de marché, qui veulent toujours plus d’argent facile, ont décrété que la mesure serait inefficace et ont fait plonger les taux à long terme. Ainsi, les taux américains à dix ans sont tombés lundi jusqu’à 1,675 %, alors qu’ils étaient encore de 2 % avant la décision de la Fed, et de 3,26 % à l’automne 2 018.

La courbe des taux s’est inversée (il coûte plus cher de s’endetter à court terme qu’à long terme, ce qui est en général annonciateur d’une récession). « L’effondrement des taux à moyen et long terme est de mauvais augure », a souligné Lawrence Summers sur Twitter. « Les marchés signalent désormais le plus haut risque de récession depuis 2011 », a-t-il conclu.

 

 

 

 

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